
Salué pour Diamant noir et Onoda. 10 000 nuits dans la jungle (ainsi que pour la coécriture d’Anatomie d’une chute de Justine Triet, Palme d’or 2023), Arthur Harari reprend ici la trame du Cas David Zimmerman (Sarbacane, 2024), une BD cosignée avec son frère Lucas : un photographe solitaire (Niels Schneider) croise le regard d’une inconnue (Léa Seydoux) dans une fête endiablée. Après avoir eu un rapport sexuel avec elle, David se réveille quelques heures plus tard dans le corps de cette femme. Désorienté, il va chercher à retrouver la trace de cette mystérieuse inconnue…
Léa Seydoux et Niels Schneider : « ‘L’Inconnue’ est un film sur le vertige d’être soi »
Pour porter à l’écran ce récit fantastique d’échanges corporels et de métamorphoses kafkaïennes, le cinéaste choisit une approche visuelle sombre et réaliste qui montre un Paris contemporain très éloigné des clichés. Tandis que la confusion identitaire se propage chez plusieurs personnages, Harari prend soin de ne pas trop verbaliser ce vertige, laissant le malaise existentiel s’installer et les silences troublants envahir l’espace. Les situations les plus surréalistes (comme faire l’amour avec soi-même ou s’observer en train de mourir) se fondent ainsi dans une atmosphère singulière et fascinante.
Au-delà des références visuelles (David Cronenberg ou Charles Burns), L’Inconnue va au bout d’une noirceur étrangement naturaliste, qui donne à voir à quoi pourrait physiquement ressembler la dissolution d’un être. Pour incarner l’aliénation et la dépossession du corps de son personnage, Léa Seydoux s’est métamorphosée, face à un Niels Schneider qui a perdu du poids pour le rôle. Le duo parvient ainsi à figurer avec puissance l’éclatement des identités et le sentiment d’un effacement de l’être.
L’Inconnue d’Arthur Harari, Pathé (2 h 20), sortie le 26 août


