
Dans une mise en scène lyrique et baroque, le duo Javier Ambrossi et Javier Calvo (aka « Los Javis ») entremêle trois époques (1932, 1937, 2017), reliées par un impressionnant travail de montage. On y suit trois jeunes hommes gays, dont les histoires se rejoignent autour de La bola negra, seul roman à la thématique ouvertement queer du poète et dramaturge Federico García Lorca, assassiné par les milices franquistes en août 1936.
A la manière de Pablo Larraín, qui revisitait dans Neruda le destin du grand poète chilien, Los Javis incorporent à leur scénario la prose du roman de Lorca, dont l’intrigue prend forme dans des séquences à l’onirisme exacerbé. Il y est question, en 1932, d’un jeune et beau bourgeois, auquel on refuse l’entrée dans un cercle culturel prestigieux, au motif de son homosexualité. Lors du vote, les boules noires l’emportent sur les blanches.

Comme chez Larraín, qui faisait des sommets andins le théâtre du final épique de son Neruda, la neige est l’un des motifs qui irriguent le foisonnant La bola negra. La poésie lorquienne se fond ainsi dans le quotidien prosaïque d’Alberto, personnage central de la trame contemporaine du film, dont la mère est accro à la blanche. C’est qu’elle porte en elle l’inavouable secret familial : l’homosexualité de son père phalangiste, Sebastian. En 1937, en pleine guerre civile, ce dernier est chargé de surveiller un prisonnier républicain au charme ravageur. Dans d’impressionnants travellings, la caméra scrute le torse dénudé de soldats musculeux. L’érotisation des corps masculins apparaît alors comme un délicieux pied de nez à l’invisibilisation et à la répression de l’homosexualité par les fascistes.
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