Cannes 2021CinémaCultureKidsGEn.ALe magazine
  • Cannes 2021
  • Critique
  • Article
  • 5 min

« Annette », le conte musical hanté de Leos Carax a fait l’ouverture de Cannes

  • Quentin Grosset
  • 2021-07-06

Musique pop des Sparks, casting glamour… "Annette", le nouveau long métrage du rare Leos Carax, qui n’avait pas réalisé de film depuis "Holy Motors" et fait ce soir l’ouverture du festival de Cannes, se défait progressivement de ses atours pailletés pour servir un musical lyrique et hanté sur l’exploitation et l’innocence dévoyée.

Ce film a remporté le prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2021

« So… May we start ? » C’est Leos Carax lui-même qui, au début de son film, lance les festivités. Après l’annulation du festival de Cannes l’année dernière, et les presque dix ans d’attente pour voir un nouveau film du cinéaste, Annette s’avance comme le parfait film d’ouverture, et plus que ça, du recommencement. Carax a toujours su se réinventer, au moins autant que Monsieur Oscar, héros de Holy Motors, qui changeait de vie, d’identité, selon là où le menait sa limousine.

Nouvelle escale donc avec ce film qui est le plus limpide, le plus généreux de sa filmo, mais pas le moins risqué. Lui qui a toujours embrassé les tournages comme des aventures (celui des Amants du Pont neuf est resté dans les mémoires pour avoir été plusieurs fois interrompu, Denis Lavant s’étant blessé, le budget ayant été largement dépassé, trois producteurs différents s’étant relayés…) en a bien entamé une nouvelle. Son pari est cette fois celui de la tragédie « en chantée » et tout en artifice, terrain déjà défriché par Jacques Demy dans son grandiose Une chambre en ville.

Marion Cotillard : « J’ai besoin de trouver ce qui raccroche un personnage à la vie »

Lire l'interview

Carax n’a pas écrit le scénario d’Annette, ni la musique : on les doit au groupe pop culte les Sparks, dont le cinéaste écoutait les albums quand il était ado. Après que le cinéaste a utilisé une de leur musique dans Holy Motors, les Sparks lui ont parlé d’un projet d’album qui deviendra cette sublime fresque sur une cantatrice d’opéra (Marion Cotillard) et un acteur de stand up (Adam Driver) dont l’enfant, Annette, va malgré elle se trouver sous le feu des projecteurs. Un moyen d’en parler sans en déflorer l’intrigue riche en rebondissements serait de citer pêle-mêle ces histoires âpres et ténébreuses qui hantent le film : Britney Spears et son père, Louis CK, Marie Trintignant, Harvey Weinstein…Soit un télescopage vertigineux de ce que le showbiz contemporain peut créer de masculinité toxique, d’exploitation mortifère, d’extrême violence.

La rédac’ à Cannes : demandez le programme

Lire l'article

Dans une mise en scène placée sous le signe de l’illusion, par laquelle on ne distingue plus ce qui appartient à la vie, à la scène, ou aux limbes, l’esthétique très papier glacé s’y avance sans volonté ironique ou satirique - même si le film n’est pas dénué d’humour. Ce parti-pris de l’artifice s’accompagne plutôt d’ambiguïté, comme une caisse de résonance séduisante mais retorse à la noirceur. C’est le jeu opératique, outré, de Cotillard, ou celui intense et sensuel d’Adam Driver, sertis dans une narration toute en morceaux de bravoure que sont les chansons.

En relatant le dévoiement de l’innocence d’Annette à cause de ses parents, Carax invente un tour de passe-passe (on ne le dévoilera pas) qui ressemble beaucoup à ce qu’avait fait Todd Haynes dans son premier long, Superstar (1987), faisant incarner ses personnages par des Barbie, allusion à la manipulation subie par les corps mis en spectacle. Tirant les ficelles jamais là où on l’attend, Carax suit alors la lente émancipation d’Annette. Et bizarrement, elle n’a lieu qu’au moment où, hébétés, perdus, on sort vraiment du rêve et du conte.

Festival de Cannes 2021 : en direct, la liste des films en compétition

Lire l'article

Du 5 au 22 juillet, le Festival de Cannes est à l'honneur sur mk2 Curiosity. Pour fêter le retour du cinéma sur la Croisette, la plateforme propose gratuitement des films de réalisatrices et de réalisateurs participant à cette 74e édition. A l'occasion, découvrez Tokyo !, dans lequel Leos Carax revient au cinéma avec son complice Denis Lavant, et invente un personnage prénommé Merde, effrayante créature qui viendra hanter son chef-d’œuvre, Holy Motors.

Inscrivez-vous à la newsletter

Votre email est uniquement utilisé pour vous adresser les newsletters de mk2. Vous pouvez vous y désinscrire à tout moment via le lien prévu à cet effet intégré à chaque newsletter. Informations légales

Retrouvez-nous sur