La couv’ de l’été : Virginie Efira, en lévitation

Virginie Efira, l’élégance faite femme, a reçu le Prix d’interprétation à Cannes, en duo avec sa partenaire de jeu dans « Soudain », la Japonaise Tao Okamoto. Rencontre sur une terrasse cannoise, avec une actrice brillante et bienveillante.


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C’est sur cette fameuse terrasse cannoise – celle dont on vous parle quasiment à chaque fois qu’on fait une interview pendant le Festival – qu’on l’a rencontrée pendant cette édition. Virginie Efira, l’élégance faite femme, n’avait pas encore reçu son Prix d’interprétation en duo avec sa partenaire de jeu dans Soudain, la Japonaise Tao Okamoto, qu’elle planait déjà.

« Tu l’as déjà rencontré ? Je te le souhaite », nous glisse-t-elle, des étoiles dans les yeux, alors que l’on regarde passer humblement le réalisateur Ryūsuke Hamaguchi, allant s’asseoir un peu plus loin avec d’autres journalistes. S’ensuit un éloge passionné du cinéaste japonais par l’actrice franco-belge, qui a vécu lors de ce tournage une rencontre cosmique comme on en fait rarement. « On dirait que je suis une demi-dingue qui a trouvé son nouveau gourou », affirme-t-elle encore au milieu de sa description de la « méthode » Hamaguchi. Si l’on n’a aucun mal à croire à la sincérité de son illumination, ce n’est pas seulement parce que Virginie Efira nous est très sympathique.

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C’est surtout parce que, la veille, on a pu nous-mêmes constater la grâce à l’œuvre dans Soudain. Pour son premier film en France et avec ce casting, le réalisateur de Drive My Car (2021) met Virginie Efira dans la peau d’une directrice d’EHPAD en banlieue parisienne qui croit fort en une méthode de soins alternative. Un peu perdue quant à la manière de l’appliquer, d’y faire adhérer les autres sans forcer, elle rencontre une metteuse en scène japonaise atteinte d’un cancer – se trouvant donc dans une culture et à un stade de la vie très différents –, ce qui va tout changer. L’actrice francophone a appris la langue japonaise en deux mois pour le rôle, puisque les répliques entre les deux femmes, dans leurs scènes incroyablement bien jouées et dialoguées, faisaient alterner les deux langues. C’est l’échange protéiforme et inscrit dans le temps, la communication longue et nuancée, que promeut Hamaguchi dans la vie, sur son plateau et dans son film.

Une méthode pour réparer un monde acculé au bord du gouffre par un capitalisme qui avance sans tête. Sa tête, Virginie Efira semble, elle, l’avoir autant sur les épaules – elle a toujours un sens de l’humour et de l’autodérision irrésistible (« Bruxelles, ce n’est pas tout à fait le même raffinement… Enfin, je parle pour moi, pas pour la Belgique en général ! ») – que dans les nuages, grâce à ce film et au Prix cannois on ne peut plus mérité qu’il lui a valu. Lors de la cérémonie de clôture, en entendant son nom et celui de Tao Okamoto nommés pour le Prix d’interprétation féminine, on l’a vue sur son fauteuil, dans le Grand Théâtre Lumière, les larmes aux yeux, son doigt tapotant sa tempe, comme pour dire : « Mais ça va pas, la tête ? » Une réaction mi-déchirante, mi-cartoonesque, qui synthétise à merveille la personnalité de l’actrice.

AU SOMMAIRE DU N°226

En couverture : Virginie Efira pour Soudain

Entretien croisé : Léa Seydoux et Niels Schneider pour L’Inconnue

Entretien : Cristian Mungiu pour Fjord

Entretien: Gregg Araki pour I Want Your Sex

EN BREF 

  • Nouvelles stars: Hélène Rosselet-Ruiz et Tohé Commaret
  • Queer Gaze : Mami Watta
  • Règle de 3 : Paris Paloma

CULTURE 

  • Portfolio: Madeleine de Sinéty
  • Série: After the Party
  • Expo: Annette Messager

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