
Le nouveau film d’Hamaguchi est aussi un pas de côté pour le cinéaste japonais, délocalisé à Paris et même dans un Ehpad aux méthodes de soin alternatives, géré par Marie-Lou (Virginie Efira) et axé sur le respect de la dignité humaine. Le risque était grand de céder à une forme convenue, bon chic bon genre, de celle qui guette les cinéastes en exil. Mais Hamaguchi s’aventure plutôt dans les faubourgs périphériques de la ville, au chevet d’une réalité sociale, sans jamais faire l’économie de scènes très triviales où l’on discute finances et médecine.
La grâce, c’est donc d’abord celle d’un cinéaste qui fait l’effort du réel, quitte à désacraliser un peu ses ambitions cinégéniques. On pourrait parler d’humanisme, notion qui serait tarte à la crème si tout le film ne reposait pas sur un concept appelé « Humanitude », qui consiste en premier lieu à (re)prendre le temps du soin. À regarder chaque être humain droit dans les yeux, droit au cœur.
Il y a urgence, Hamaguchi le sait. Plus encore, il le dit avec une frontalité inédite. Une frontalité absolue, claire, limpide, jusqu’à filmer un schéma où corroborent capitalisme et crise mondiale – on ne ferait pas mieux. Aucun désespoir pour autant : la lumière est inhérente au geste du cinéaste, à son regard. Hamaguchi ne se contente pas de suggérer un programme de soin, il l’applique en premier lieu à son film.
C’est dire que Soudain est tout simplement l’histoire d’une rencontre humaine et de ses potentialités cosmiques, en l’occurrence entre Marie-Lou et Mari (Tao Okamoto), une metteuse en scène atteinte d’un cancer. Une rencontre vécue dans le temps et dans la chair, partagée à un extraordinaire degré d’intimité. Un cadeau qui se suffit à lui-même et qui suppose précisément de rompre avec un certain capitalisme narratif. Hamaguchi va encore bien au-delà, dans une forme de cinéma résolument low tech, radicalement régénératrice. La grâce, on vous disait.
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