Bertille Zénobie Estramon, coach enfant au cinéma : « En réalité, je suis leur bouclier. »

Bertille Zénobie Estramon est coach enfant pour le cinéma. Elle a notamment accompagné la jeune Thaïs Garfinkiel dans le film de Géraldine Nakache, « Si tu penses bien », en salles le 16 septembre. Nous avons échangé avec elle autour de ce métier encore peu connu, pourtant essentiel au bien-être des enfants acteurs.


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Comment es-tu devenue coach enfant ?

J’ai commencé il y a cinq ans, en 2021. J’ai découvert ce métier un peu par hasard, mais j’ai toujours travaillé avec des enfants. La transmission a toujours été très importante pour moi. J’ai passé mon BAFA à 18 ans et je travaillais tous les étés dans des camps de vacances à Clermont-Ferrand où j’animais parfois des ateliers cinéma : on réalisait de petits films avec les enfants, puis on organisait un festival. C’était très amusant.

Quand j’ai terminé mon école de cinéma, le cinéma n’avait plus vraiment de sens pour moi, puisque le Covid est arrivé. Les salles ont fermé pendant des mois, les tournages se sont arrêtés. J’ai traversé une grosse remise en question et je suis devenue éducatrice spécialisée dans un institut pour enfants sourds. Ça m’a fait du bien de revenir à cette réalité, de me sentir utile.

Au bout de quelques mois, le cinéma est revenu dans ma vie. J’ai commencé à animer des ateliers cinéma avec les enfants de l’institut. Lorsque mon contrat s’est terminé, on m’a proposé, au même moment, un poste de coach enfant sur un tournage. Je me suis dit : « C’est l’occasion de réunir mes deux métiers : la mise en scène et l’accompagnement des jeunes. » Et j’ai adoré.

En quoi consiste concrètement ton travail sur un tournage ? À quoi ressemble une journée type ?

Généralement, je rejoins l’enfant chez lui ou chez elle. Une voiture vient nous chercher pour nous emmener sur le décor du jour. J’aime beaucoup ces moments-là, parce que le matin, il ou elle sort de son quotidien et on peut parler des scènes.

L’idée est de réactiver, avant d’arriver sur le plateau, tout le travail d’improvisation réalisé ensemble en amont. Une fois sur le décor, l’enfant se change, passe au maquillage, et nous continuons à parler des scènes pendant la préparation.

Dès qu’il est prêt, on lui pose son micro et il rejoint le plateau. En général, je le laisse tranquille pendant les moments techniques, lorsque les répétitions commencent et que la caméra cherche son cadre. Puis, quand tout le monde est prêt et que le tournage démarre, j’interviens entre les prises pour faire des rappels sur ses déplacements, son objectif dans la scène. Selon les souhaits du réalisateur ou de la réalisatrice, je peux aussi lui proposer une nuance différente.

J’ai toujours un carnet avec des notes préparées avant le tournage, que je garde pour ces moments-là. Il peut s’agir d’indications pour l’aider à jouer et à garder la scène vivante. Les enfants adorent les missions cachées : c’est là que j’utilise toutes ces petites astuces. Parce qu’au bout de six prises identiques, on finit forcément par s’ennuyer.

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Faux Soir de Michaël Roskam

Comment abordes-tu avec eux les scènes émotionnellement difficiles ?

Tout dépend de l’âge de l’enfant. On ne dirige pas de la même manière un enfant de 6 ans et un adolescent de 15 ans dans ce type de scène. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que mon rôle est toujours d’assurer sa sécurité émotionnelle avant toute chose. Par exemple, sur le tournage de Jeanne entre deux rives (2025), le court-métrage de Matthieu Frances et Sylvain Daï, il y a une scène où le personnage de Jeanne s’endort avec sa mère blessée et comprend, à son réveil, que sa maman est morte. L’actrice aimait beaucoup les films Disney. Je me suis donc demandé dans quel Disney il y avait une scène similaire. En préparation, on a visionné la mort de Mufasa dans Le Roi Lion (1994) et, sur le tournage, je lui ai fait réécouter la bande-son du film pour l’aider à jouer la tristesse, le deuil. Tout part de l’enfant : il faut voir quel chemin il est prêt à emprunter. Mon travail consiste à être capable de l’accompagner, mais aussi de le faire revenir.

Ton rôle ne s’arrête donc pas à la direction d’acteur ?

Tout cela se passe dans un environnement entouré d’adultes, et les gens ont parfois tendance à l’oublier. Surtout quand un enfant est très bon, il est alors traité comme un acteur adulte. C’est aussi là que j’interviens.Je veille à ce que les horaires soient respectés – en France, les enfants acteurs peuvent tourner quatre heures par jour en période scolaire et six heures pendant les vacances –, à ce qu’il y ait des pauses… En réalité, je suis son bouclier.

Le traitement des enfants sur les plateaux s’est-il amélioré depuis #MeToo et les prises de parole sur les violences faites aux enfants ?

Je ne peux pas vraiment comparer parce que j’ai commencé mon travail de coach enfant en 2021, donc on était déjà dans l’après-MeToo. Le fait même que mon travail existe est une conséquence de ce climat-là.

J’ai l’impression que, depuis la vague #MeToo, ces questions occupent une place de plus en plus importante dans le débat public. Depuis les prises de parole d’Adèle Haenel, de Judith Godrèche et les affaires qui les entourent, on en parle davantage et les équipes sont sans doute plus attentives à la place des enfants sur les plateaux.

La particularité de mon poste, c’est que je suis vraiment seule avec l’enfant et que mon unique supérieur, c’est le réalisateur ou la réalisatrice, ainsi que la direction de production. Je sens donc moins d’enjeux de pouvoir. Et même en ayant travaillé avec plus d’hommes que de femmes, ça s’est toujours très bien passé jusqu’ici.

Tu es aussi réalisatrice. Qu’est-ce que ce travail de coach nourrit dans ta pratique de mise en scène ?

Pour moi, c’est tout simplement l’occasion de pratiquer mon métier. En tant que réalisatrice [elle a notamment réalisé Chienne et Jason et les Royaumes (2025), prix du meilleur premier film à Côté court en 2025, ndlr], on tourne tous les quatre ou cinq ans quand on a de la chance, entre le temps d’écriture et celui nécessaire pour trouver des financements.

Ce que je préfère dans la réalisation, c’est la direction d’acteurs. Réfléchir en permanence à la mise en scène, me demander comment susciter une émotion, comment diriger les comédiens pour atteindre la justesse d’une scène. Ce travail de coach nourrit énormément cette réflexion. J’observe des choix de mise en scène sur les tournages et je me demande souvent : « Tiens, moi, comment est-ce que j’aurais filmé cette scène ? » C’est un exercice extrêmement enrichissant.