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« Les Noces de Figaro »: on a vu l’opéra mis en scène par l’orfèvre James Gray

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Avec cette interprétation intime et épurée des Noces de Figaro, James Gray rend hommage à la grande complexité psychologique de l’opéra de Mozart.

La rumeur dit qu’un air d’opéra flotte toujours sur les tournages de James Gray. Fascinante inversion : hier soir, lors de la première des Noces de Figaro que le réalisateur met en scène pour le Théâtre des Champs-Elysées, c’est l’ombre de son cinéma qui s’invitait sur les planches de l’opéra. Qu’est venu faire James Gray si loin de son univers urbain et chaotique ? Qu’est-ce qui, dans l’œuvre de Mozart et Lorenzo da Ponte – adaptée d’une pièce de Beaumarchais censurée par le pouvoir royal à sa sortie – résonnait en lui au point de lui faire quitter les rues poisseuses de New-York ?

Dès les premières secondes de la représentation, la connivence entre l’opéra de Mozart et la sensibilité de Gray saute aux yeux. Sous ses dehors légers -l’histoire d’un comte puissant prêt à tout pour empêcher le mariage de son valet avec la femme de chambre qu’il convoite-, les Noces de Figaro est une dénonciation implacable des privilèges archaïques de la noblesse, un chassé-croisé satirique où s’exercent des rapports de force sociaux -toute une violence muette qui irrigue aussi The Yards et La Nuit nous appartient.

James Gray métamorphose la partition de Mozart

Ce n’est pas cette conscience politique commune aux artistes qui frappe le plus, mais plutôt la façon dont, sans rien retirer de la force subversive de l’œuvre originale, James Gray s’approprie le texte de Mozart pour donner chair, musicalement, à ses personnages, creuser leurs élans psychologiques. Elever la confusion amoureuse au rang d’art, travailler comme un orfèvre les incertitudes du cœur, exposer le sentiment à nu par le verbe : la mise en scène épurée de James Gray est entièrement dédiée à l’expression lyrique des interprètes. « L’opéra est un chemin direct vers l’âme » : en écoutant les soliloques déchirants de la Comtesse Almaviva (Vannina Santoni), femme meurtrie par les adultères de son mari, on comprend mieux cette déclaration du cinéaste (dans une interview pour Le Figaro), pour qui la scène est surtout un écrin brut capable de recueillir les fêlures. Décors intemporels plongés dans une pénombre menaçante puis éclairés d’une lumière bleutée et mélancolique, chorégraphies lentes et contemplatives : James Gray métamorphose la partition de Mozart en ballet euphorique sur les désirs contrariés.

Les amoureux de James Gray s’amuseront sûrement à traquer sous les costumes imposants de Christian Lacroix des effets de style plus personnels, se plairont à imaginer ce qu’aurait donné ces Noces à l’écran. C’est justement la force de cet opéra : convoquer en creux la sensibilité de James Gray. Malgré la fixité de la scène, l’espace restreint, la distance des interprètes, on rêve d’un gros plan sur les regards embués de larmes des comédiens, on se figure mentalement un mouvement de caméra volubile comme James Gray en a le secret, et qu’il a sans doute fantasmé comme nous.  

« Les Noces de Figaro », jusqu’au 8 décembre au Théâtre des Champs-Elysées.

La représentation du 6 décembre sera diffusée en simultané au MK2 Bibliothèque, Quai de Loire et Odéon à 20h. Photos © Vincent Pontet