
Vous êtes le premier cinéaste sud-coréen à être président du jury du Festival de Cannes. Qu’est-ce que ça signifie pour vous ?
Je ne pense pas que le but était d’offrir pour la première fois la présidence à un Coréen mais la Corée a longtemps été considérée comme marginale dans le monde du cinéma. Aujourd’hui, nous sommes au cœur de cette scène, ou pour être plus précis, je crois que le cœur du cinéma s’est répandu à travers le monde entier. C’est un honneur pour moi d’être coréen et d’endosser ce rôle.
C’est aussi votre sixième fois au Festival de Cannes. Vous y avez présenté quatre films (Old Boy en 2004, Thirst, ceci est mon sang… en 2009, Mademoiselle en 2016, Decision to Leave en 2022). Vous étiez membre du jury en 2017. Quel est votre meilleur souvenir du Festival ?
La projection d’Old Boy à Cannes. Me retrouver à Cannes, en Compétition pour la première fois, sans être passé avant par Un Certain Regard ou La Quinzaine des cinéastes, c’était une expérience complètement nouvelle. Surtout le fait d’être sélectionné pour Old Boy, que certains considèrent comme un film de série B [ce film qui raconte la vengeance d’un homme séquestré pendant quinze ans sans explication se caractérise aussi par une violence très frontale, ndlr]… Je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse être en Compétition. Pendant tout le festival, je n’en revenais pas. L’intérêt du public cannois, puis du reste du monde, pour ce film, et le Grand Prix que j’ai remporté, ça a marqué un tournant dans ma carrière.
Quels conseils avez-vous pour les cinéastes qui présentent leur film en Compétition pour la première fois ?
Si vous êtes un jeune cinéaste dont le film a été sélectionné en Compétition, c’est déjà un immense honneur en soi. C’est une opportunité formidable de présenter votre film aux côtés de maîtres comme Pedro Almodovar [qui présente cette année Autofiction, ndlr] ou Hirokazu Kore-eda [qui présente Sheep in the box, ndlr]. C’est une preuve extraordinaire de votre talent.
Ensuite, ne vous souciez pas des prix. Le fait de vous en préoccuper ne changera rien à vos chances de le remporter. Concentrez-vous plutôt sur les projections et les réactions du public. Bien sûr, les prix sont importants dans les festivals de cinéma, mais au final, ils ne reflètent que les goûts de neuf jurés. Et ce n’est pas parce que vous n’avez pas remporté un prix que les jurés n’ont pas aimé votre film. D’ailleurs, il est probable que certains aient beaucoup aimé votre film, mais qu’après des débats passionnés, ils finissent par ne pas vous décerner ce prix.
Un dernier conseil pratique : lors de votre participation aux projections tests, assurez-vous que l’image et le son sont corrects. Le son en particulier. Il peut sembler puissant quand on est dans une salle vide, mais il paraîtra plus faible quand la salle sera pleine. Assurez-vous donc de l’ajuster pour qu’il soit un peu plus fort.

En tant que spectateur, qu’est-ce que vous aimez voir au cinéma ?
Je n’ai pas beaucoup vécu à l’étranger et, même en Corée, je n’ai pas souvent l’occasion de rencontrer des gens très différents. Je vis dans un univers très restreint et, sans l’art ou le cinéma, ma vision du monde serait restée très limitée. Grâce au cinéma, je découvre le quotidien de personnes vivant en dehors de mon petit monde et les questions qui les préoccupent. C’est grâce aux films que ma vision du monde s’est enrichie et élargie.
Quels sont les cinéastes qui vous inspirent ?
Du côté de la Corée, je dirais Kim Ki-young, un réalisateur très prolifique dans les années 1960 et 1970 [il a notamment réalisé La Servante en 1960, ndlr]. Et pour les cinéastes internationaux : Alfred Hitchcock, Luchino Visconti et Michelangelo Antonioni.
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