
On pourra dire que le choc du Festival de Cannes se trouvait cette année à l’ACID, sélection dont ce film est comme la sublime étoile noire. Difficile de reprendre son souffle après telle proposition, qui se donne pour objectif de raconter l’emprise au sein d’un couple banalement ordinaire, voué à s’entredéchirer le temps d’une nuit sans lune.
Tout sauf ordinaire, le résultat est d’une cruauté vertigineuse, loin du glacis policé des films habituels sur le sujet. Lola Cambourieu et Yann Berlier, eux, ont baptisé leur propre société de production « Réalviscéralisme » : nous voilà prévenus. Sous ce titre évocateur se cache une méthode bien rodée, qui fait la part belle à l’émulation de groupe : incarné par les proches du duo, qu’ils soient acteurs ou non, le film s’écrit en collaboration directe avec les comédiens, sur la base de longues sessions d’improvisation.

De longueur il est d’ailleurs beaucoup question dans Mauvaise étoile, dont les scènes sont comme de grands couloirs sombres à n’en plus voir la fin, traversés à bout de bras par l’ingénue Kiki. C’est dire que son interprète – la circassienne Noëmie Edé-Decugis – fait preuve d’un abandon presque inquiétant, si l’on ne savait que le film fut pensé collectivement. Et si son supplice n’était compensé par l’adorable fillette du couple, boule de résilience et de maturité, tout logiquement incarnée par la propre fille des cinéastes.
Mauvaise étoile de Lola Cambourieu et Yann Berlier, Tandem (2 h 05).
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