Avec « Les Roches rouges », Bruno Dumont retrouve la sève de son cinéma

Presque trente ans après « La Vie de Jésus » (1997), Bruno Dumont revenait à la Quinzaine cannoise, en mai dernier, comme à bon port. Et revient du même coup à la sève de son cinéma de brut et de roc, avec un film porté tout entier par des enfants d’à peine 6 ans.


les roches rouges
"Les Roches rouges" Copyright Les Films du Losange

C’est ce qu’on pourrait appeler un « second premier film » tant Les Roches rouges consomme sa rupture avec le style du cinéaste : caméra tremblotante, si ce n’est cahotante, grand angle déformant les visages, couleurs primaires de la Méditerranée… Produit et tourné avec une équipe portugaise, le film n’a de familier que ces bouilles enfantines à la P’tit Quinquin (2014), figures minuscules emmenées par l’intrépide Géo (Kaylon Lancel) sur ces fameuses « roches rouges » afin d’y plonger de plus en plus haut. S’il s’agit d’un conte shakespearien où s’affrontent deux bandes rivales, Dumont s’en tient à ses seules fondations.  

Reste un film comme un grand château en ruines, à l’instar de son décor étrangement dépeuplé, parcouru en quad par ces tribus d’enfants qu’on devine également désaxés. C’est dire que Les Roches rouges est tout aussi déshérité que ses personnages : tourné presque clandestinement, il tient sur la confiance et le plaisir de ses interprètes âgés d’à peine 6 ans. Miracle, et il y en a beaucoup chez Dumont, c’est ce plaisir-là qui déborde l’écran ; littéralement, le cinéaste va jusqu’à monter les malicieux regards caméra du petit Géo, qui ne tient pas en place. Dynamité de l’intérieur, l’esprit de sérieux cède alors la place au jeu, à l’imprévisible, au n’importe quoi de l’enfance. Et à son imaginaire bizarroïde, radicalement étranger à celui des adultes.

Les Roches rouges de Bruno Dumont, sortie le 23 septembre Les Films du Losange (1h30)