
Avec L’Accident de piano, le cinéaste nous avait déjà surpris par la radicalité de son ton. Son humour noir y virait au tragique face à la folie d’une influenceuse (Adèle Exarchopoulos). Full Phil et son duo père-fille qui ne se comprend plus pousse plus loin encore ce ton singulier, entre le grotesque et la sidération. Plus que jamais, les histoires folles qui sortent de l’imaginaire de Dupieux synthétisent un sentiment de l’époque.
Mais si la méchanceté de L’Accident de piano prenait la forme d’un film d’horreur, ici en apparence tout semble balisé par le réalisme. Américain à casquette, Phil (Woody Harelson) rêve de ses vacances à Paris comme de grandes retrouvailles avec sa fille adulte, Madeleine (Kristen Stewart). Mais dès le début du film, tout se ligue contre lui. Obsédé par l’hygiène, par son intimité, Phil vitupère sur des toilettes bouchées, tandis que Madeleine, elle, passe à table en regardant une improbable série Z en noir et blanc. A partir de là, Full Phil ne va faire que déraper, mais par petites touches. Lentement mais sûrement, Dupieux tape sur son personnage, montre ses privilèges, sa toute puissance et comment, heureusement, le monde est en train de changer.
Et tandis que Madeleine, elle, jubile, le pire est à venir. Charge assez frontale contre la toute-puissance d’un vieux monde qui s’est longtemps gavé, il fallait pour faire résonner fort Full Phil un casting qui joue le jeu. Figures hollywoodiennes punks, Woody Harrelson et Kristen Stewart s’en donnent à cœur joie. Lui s’éclate littéralement. K-Stew, elle, ose une performance dingo, volontairement écœurante, comme un doigt d’honneur joyeux à la bienséance. Tandis que le cauchemar avance, que dans le film dans le film les patriarches jouent les savants fous, il est temps pour Dupieux et Madeleine de solder les comptes. Brutal, étrangement dérangeant et mélancolique, Full Phil culmine dans une sidération et une image terrible. A l’instar de Yannick (dont l’acteur, Raphael Quenard, fait une brève apparition dans le film, soyez attentif), Dupieux filme cette colère, non pas comme une jubilation, mais une douleur, une tristesse plus profonde.
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