
Une petite ville japonaise, en lisière de la forêt. Dans cet écrin de verdure, sorte de paradis perdu, Tsubasa et Kyotaro nouent une relation privilégiée. Jusqu’à ce qu’un malentendu sépare les deux collégiens. Le paradis est perverti, et la dispute ricoche, par une implacable mécanique, sur leur vie adulte…
Pour son premier long, présenté à la Quinzaine des cinéastes, le cinéaste japonais de 29 ans marche sur les traces de Hirokazu Kore-eda. Comme dans L’Innocence, grand film sur une affinité élective entre deux camarades de classe, Kohei Kadowaki décortique la façon dont l’amitié, que l’on croit immaculée, peut vriller à la perversion, scellant pour l’éternité des dynamiques affectives précoces. Les deux cinéastes partagent aussi un goût pour les points de vue croisés, les réalités troublantes, à géométrie variable. Construit comme un diptyque, We Are Aliens confronte successivement l’histoire de Tsubasa, puis celle de Kyotaro.
Mais là où Kore-eda s’arrime au réel, invoque une forme de naturalisme à hauteur d’enfant, Kadowaki fait le pari de l’étrangeté, de l’hybridité formelle. Son animation, dense et ultra dynamique, avance en mutant, se métamorphose de seconde en seconde. Tantôt réaliste, proche de la rotoscopie – procédé qui permet de reproduire en dessin les mouvements d’acteurs filmés en prises de vues réelles -, le style emprunte aussi aux traits grotesques, outrés, du manga, pioche dans le bestiaire horrifique d’un Miyazaki. Dans cet écrin prodigieux, tout est métaphore, allégorie. Un petit garçon stigmatisé pour sa différence prend l’allure d’un alien, la pluie coule sur les vitres comme des torrents de larmes, et les adultes sont désespérément absents, littéralement hors-champ.
Au point que les arborescences narratives du film, nombreuses, souvent obscures – la piste de la science-fiction affleure sans percer -, et l’euphorie visuelle, enterrent parfois l’émotion. Malgré sa démonstration technique, We Are Aliens, aussi beau soit-il, aurait gagné à être moins virtuose, pour tendre vers l’essentiel : son chagrin d’amitié, bouleversant de simplicité.
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