
À la disparition de Daly, son oncle, Lilia – trentenaire Tunisienne installée à Paris – revient dans sa ville natale pour les obsèques. L’accompagne discrètement Alice, petite amie qu’elle cache à sa famille. Sur place, à Sousse, la jeune femme retrouve sa mère, sa tante et son extravagante grand-mère au sein de la grande maison familiale, lieu qui convoque en elle une foule de souvenirs d’enfance et entraîne une fulgurante introspection.
Installée dans la demeure de sa propre aïeule pour mettre en scène ce gynécée en deuil, Leyla Bouzid (dont on attendait le retour depuis le très beau Une histoire d’amour et de désir en 2021) y déploie un jeu habile autour des espaces que l’on occupe et de ceux que l’on déserte, pour figurer le délicat entre-deux dans lequel se trouve Lilia. Les pièces silencieuses, laissées orphelines, racontent toutes un départ – définitif ou plus incertain – et recèlent pour cette ingénieure taiseuse une pleine charge symbolique. Car le lesbianisme qu’elle vit à Paris ne parvient pas à pénétrer les murs de cette maison, où l’homosexualité de son oncle s’est vécue sans bruit.
D’une première partie où on la suit calfeutrée dans son secret, Lilia – qu’interprète Eya Bouteraa, magnétique –, adopte ensuite une trajectoire plus urbaine à la faveur de l’enquête qu’elle mène sur les circonstances de la mort de Daly. De filatures en entretiens furtifs se raconte l’urgence de mettre fin au silence, comme de reprendre contact avec une ville demeurée figée dans ses souvenirs.
L’occasion pour Leyla Bouzid de raconter, avec la saisissante acuité quasi documentaire dont témoignait déjà son premier long, À peine j’ouvre les yeux (2015), les ambivalences et luttes de la jeunesse tunisienne. Fidèle à son titre, À voix basse avance à pas feutrés mais couve la même soif de liberté.