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SCÈNE CULTE : "Possession" d’Andrzej Żuławski

  • Michaël Patin
  • 2021-07-12

Un couple qui se déchire, un Berlin décrépit, un monstre lovecraftien, une Isabelle Adjani possédée… et la folie qui se répand comme une peste. Attention, le film monstre de Żuławski ressort en salles. 

Comment imprimer la folie sur pellicule – pas la folie douce, mais la folie furieuse ? Quelque part entre les charniers psychanalytiques de David Cronenberg, le surréalisme suffoquant de David Lynch et la terreur politique de Pier Paolo Pasolini, il y a Possession d’Andrzej Żuławski.

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Un film à propos duquel les meilleurs amis se déchirent, qui change la vie des uns, donne aux autres des nausées. Pour y parvenir, l’auteur polonais s’est peu encombré d’éthique : sur le plateau, il encourage l’hystérie collective et pousse ses acteurs à la rupture. Isabelle Adjani ne s’en remettra pas, affirmant des années plus tard qu’aucune récompense – le Prix d’interprétation à Cannes, le César de la meilleure actrice – ne justifiait ce calvaire.

En résulte cette œuvre grotesque et malfaisante, dans laquelle la folie dévore tout – la femme qui part (Adjani), le mari jaloux (Sam Neil), l’amant gourou (Heinz Bennent), les rues grises longeant le mur de Berlin, et peut-être Dieu lui-même, revenu sous la forme d’une créature innommable, comme échappée d’un tableau de Francis Bacon ou d’un roman de H. P. Lovecraft (mais bricolée à la hâte par Carlo Rambaldi, futur concepteur d’E. T.).

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Qu’on perde pied ou qu’on ricane nerveusement, il y a une scène, une seule, qui met tout le monde d’accord. Marchant seule dans un tunnel du métro, Adjani est prise d’un rire nerveux qui enfle. Elle se cogne contre les murs, éclate ses provisions, puis se convulse telle une sorcière, exécutant une danse hideuse et indécente qui semble ne pas pouvoir s’arrêter (près de quatre minutes, une éternité)… et la laisse à genoux, hurlante, liquéfiée.

C’est l’instant où le démiurge à la caméra perd sa toute-puissance devant l’actrice possédée. Le moment où Żuławski lui-même semble redouter l’abîme qu’il voulait regarder. Dans son antre, une autre folie vient de surgir. Réelle, trop réelle. Une folie qu’on n’oublie jamais après l’avoir vue.

Possession d’Andrzej Żuławski (Tamasa, 2 h 03), ressortie le 14 juillet

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