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Nora Hamzawi : « Je serais la mère parfaite d’un film des années 1980 »

  • Juliette Reitzer et Timé Zoppé
  • 2024-06-10

Dans « Hors du temps », en Compétition au dernier Festival de Berlin, Olivier Assayas recompose, entre essai et fiction, le confinement qu’il a vécu avec son frère et leurs compagnes dans leur demeure familiale, dans la vallée de Chevreuse. Avec son flegme hilarant et son sens de la repartie, Nora Hamzawi campe la compagne du frère en question (Micha Lescot). Alors qu’elle est ce mois-ci aussi à l’affiche des Pistolets en plastique de Jean-Christophe Meurisse (sortie le 26 juin), on a interrogé l’actrice et humoriste sur

Quels films avez-vous découverts ou redécouverts pendant les confinements ?

J’ai aimé regarder les films qui montraient Paris. J’ai adoré revoir Les Nuits de la pleine lune [Éric Rohmer, 1984, ndlr] parce que j’avais envie de voir des gens faire la fête et danser. J’ai revu des classiques comme Domicile conjugal, Baisers volés, Les Quatre Cents CoupsLes Quatre Cents Coups [tous de François Truffaut, ndlr]… Surtout, j’ai découvert Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles [de Chantal Akerman, 1976, ndlr] pendant le confinement. Normalement, j’ai un vrai problème avec les films longs, et là c’est quand même extrêmement long [le film dure trois heures dix-huit minutes, ndlr]. Ça a été un choc, une expérience presque méditative. Je me souviens d’avoir eu une réaction physique à la fin du film.

Hors du temps est pétri de références à des artistes. Olivier Assayas vous a fait découvrir des auteurs au fil du travail avec lui ?

Moi, je lui ai fait découvrir Tom Gauld, un artiste qui fait de super romans graphiques. Lui m’a fait découvrir David Foster Wallace, cet écrivain américain contemporain qui a écrit entre autres Considérations sur le homard et Un truc soi-disant super auquel on ne me reprendra pas. En fait, j’ai un gros complexe, je ne lis pas assez. Donc il m’a conseillé plein de trucs différents, mais je ne peux pas dire qu’il me les a fait découvrir parce que je ne les ai pas lus. Il m’a conseillé aussi un film que je dois voir bientôt avec mon fils. C’est par le réalisateur des Gremlins, Joe Dante. (Elle cherche sur son téléphone.)

Ah, voilà ! Ça s’appelle Explorers. C’est « un film de science-fiction qui date de 1985 avec Ethan Hawke et River Phoenix, qui débutent au cinéma dans les rôles de jeunes garçons construisant un vaisseau spatial ». J’avais raconté à Olivier que j’étais passionnée de faux vaisseaux spatiaux. J’en ai construit un pour mon fils, un truc incroyable en carton, avec la musique de Ghostbusters et des néons. Sincèrement, si tu le voyais dans un film, même dans un documentaire, tu te dirais : « Cette mère est hallucinante ! » Je serais la mère parfaite d’un film des années 1980. La mère d’Elliott [dans E.T., ndlr], par exemple. C’était très gênant parce que, quand j’ai commandé le carton, j’étais là, au téléphone : « Il faut qu’un enfant puisse être debout dedans, mais aussi assis. Il faut qu’il puisse en sortir parce que je vais construire une porte dedans. »

Qu’est-ce qui vous fait rire au cinéma ?

Ah, ça, c’est dur. Moi, pour que je rie… J’ai de vrais fous rires devant la série Curb Your Enthusiasm [Larry et son nombril en VF, série de et avec Larry David, ndlr], mais vous ne le considérez pas comme du cinéma… J’ai hâte de regarder la nouvelle saison. Sinon, la semaine dernière, j’étais à la montagne et, dans mon feed, il y avait des extraits des Bronzés font du ski [Patrice Leconte, 1979, ndlr]. Ça, c’est vraiment pas possible, mais c’est drôle. Et aussi un film d’un autre temps : Le Père Noël est une ordure [Jean-Marie Poiré, 1982, ndlr]. Quand tu le revois, tu te dis que c’est quand même délirant, et tu t’en rends compte quand tu le montres à des enfants, et tu es là : « Houla, en fait, je suis pas sûre que j’aie envie que tu regardes ça… » Eh bien, avec un anxiolytique et du vin, en vol de nuit : hilarant. Je riais à voix haute. J’en garde un souvenir de joie immense. En plus, j’ai peur de l’avion, normalement. C’était tellement fabuleux que j’ai voulu le revoir deux jours après, et ça m’a plus du tout fait le même effet. Donc peut-être aussi qu’alcool et Xanax aident. Bon, j’aurais bien aimé trouver des trucs plus pointus et élégants…

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Quels sont vos films préférés de tous les temps ?

E.T. [Steven Spielberg, 1982, ndlr], Les Nuits de la pleine lune [Éric Rohmer, 1984, ndlr] et… Allez, Anatomie d’une chute [Justine Triet, 2023, ndlr].

Quel acteur vous faisait fantasmer, adolescente ?

Jared Leto. Ça me fait hyper chier de le dire parce que ma sœur m’a dit l’autre jour : « Tu sais pas quoi ? On m’a dit que je ressemblais à Jared Leto ! » Du coup, ça me met hyper à l’aise de vous dire ça, mais elle ne lui ressemble pas du tout. Et d’ailleurs, c’est pas Jared Leto aujourd’hui, c’était Jared Leto dans Angela, 15 ans. J’en étais extrêmement amoureuse à 15 ans. Après, j’ai été amoureuse de Matthew McConaughey dans True

Qu’est-ce que vous aimez regarder quand vous faites une insomnie ?

Je ne regarde pas de films quand je fais des insomnies. Je prends un truc pour dormir. Mais si je ne devais en garder qu’un ? En tout cas, pas un truc qui fait peur. Une fois, j’ai été jurée pour le festival du film fantastique de Gérardmer. J’étais hyper contente et flattée, mais je ne savais pas que c’était des films de genre. Je m’étais dit que j’allais aller dans les Vosges, sans capter que c’était pendant le confinement. J’ai maté des films de genre seule chez moi. C’était un cauchemar. Après ça, les films d’horreur, j’ai arrêté d’en regarder à partir de 17 heures, comme le café. Donc un truc qui ne fait pas peur. La Boum [Claude Pinoteau, 1980, ndlr]? D’ailleurs, je peux le mettre dans mes films préférés. J’adore Les Beaux Gosses [Riad Sattouf, 2009, ndlr], aussi. En fait, j’aime les films d’ados. J’avais complètement oublié. Je refais ma liste ici : Les Beaux Gosses, La Boum et Les Nuits de la pleine lune. Je rêve de jouer dans des films sur des histoires d’amour. Ou de désamour, je veux bien. Pardon, je me rends compte que je suis beaucoup trop intense parce que je n’ai pas déjeuné. Je surréagis toute seule, en débat avec moi-même.

Avec quel(le)s cinéastes, mort(e)s ou vivant(e)s, rêveriez-vous de dîner ?

À ce dîner, je pense que je me tairais. Je serais terrifiée parce que, quand je les admire, les cinéastes me terrifient. Même Olivier Assayas, parfois. Sur le chemin avant de le retrouver, je réfléchis à ce que je vais pouvoir lui dire pile quand j’arrive pour éviter le moment de blanc. J’aurais bien aimé dîner avec Éric Rohmer. Je ne sais pas s’il était sympa. J’espère qu’il n’a pas de casseroles… J’aurais bien dîné avec Judd Apatow. J’adore sa série Freaks and Geeks. Et je dînerais bien aussi avec Monia Chokri, parce que c’est ma copine et qu’on n’arrête pas de décaler notre dîner parce qu’elle est amoureuse – je me permets de le dire parce qu’elle le dit elle-même.

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Vous venez d’achever la tournée de votre spectacle Nora Hamzawi qui, comme le film d’Olivier Assayas, parle du couple. Est-ce qu’il y a des points communs ?

Je ne pense pas, je n’arrive pas du tout à mélanger les projets. Je n’arrive pas à écrire si je joue dans un film en même temps, il faut que je ne fasse vraiment que ça. Et puis, mon spectacle est beaucoup plus cruel sur le couple que le film d’Olivier, qui est très tendre sur le sujet. Après, j’estime que mon spectacle est une déclaration d’amour. Je me suis même surprise à m’émouvoir. Genre : « Ça a l’air salaud, mais en fait je trouve que c’est plutôt beau. »

Hors du temps d’Olivier Assayas, Ad Vitam (1 h 46), sortie le 19 juin

Image : © DR

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