« The Christophers », une variation fascinante de Steven Soderbergh sur l’escroquerie

À travers la rencontre d’un peintre londonien désabusé et d’une restauratrice chargée d’achever l’œuvre de l’artiste à son insu, Steven Soderbergh réussit un savoureux traité sur la création, où rayonnent Ian McKellen et Michaela Coel.


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Troisième film de Steven Soderbergh à sortir au cinéma en dix-huit mois (après Presence et The Insider l’an dernier), ce nouvel opus s’intéresse à un personnage fictif d’artiste vieillissant. Julian Sklar (Ian McKellen), star du Pop art dans les années 1960 et 1970, n’a plus peint depuis des décennies et vit reclus dans sa maison à Londres. Désireux de toucher un héritage conséquent, ses enfants engagent une restauratrice de tableaux, Lori Butler (Michaela Coel), afin qu’elle se fasse passer pour l’assistante de Julian et qu’elle termine les Christophers, une célèbre série de toiles du peintre…

S’il explore le terrain bien connu du film d’escroquerie, Soderbergh réussit un quasi-huis clos centré sur les discussions stimulantes entre Julian et Lori, deux êtres talentueux mais désabusés par l’industrie de l’art. Au contact de l’autre, chacun va retrouver une flamme créatrice, qui colore de suspense et d’émotion ce drame mâtiné d’humour britannique. En dépeignant, à travers la figure de Julian, un artiste conceptuel acariâtre qui redoute de tomber dans l’oubli, Soderbergh semble offrir un portrait de son propre statut de cinéaste. Et en montrant comment les blessures secrètes de ce peintre génèrent un mouvement libérateur, The Christophers délivre une conception éclairée de l’art, vu comme un agent vital de changement et d’engagement.

The Christophers de Steven SoderberghDulac (1 h 40)sortie le 10 juin.