CANNES 2026 · « Roma Elastica » de Bertrand Mandico :  vacance romaine

Orchestrant l’errance d’une actrice de cinéma dans la Rome de 1982, Bertrand Mandico fait habilement cohabiter la grâce et la mort pour mettre en valeur la sentimentalité flamboyante du duo Marion Cotillard-Noémie Merlant.


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Après trois premiers longs métrages – Les Garçons sauvagesAfter Blue (Paradis Sale) et Conann – qui formaient un cycle autour du surnaturel et des références au cinéma d’horreur, Bertrand Mandico explore avec Roma Elastica un nouvel univers visuel et narratif en plongeant dans la Rome de 1982 pour raconter l’errance d’une actrice assaillie par les doutes.

Eddie Mars (Marion Cotillard), vedette internationale de cinéma qui sent peu à peu ses années de gloire s’éloigner, débarque ainsi à Rome en compagnie de sa maquilleuse Valentina (Noémie Merlant) afin de tourner un film de science-fiction réalisé par deux sœurs cinéastes avant-gardistes. Ayant appris juste avant d’arriver en Italie qu’elle avait une maladie possiblement mortelle, Eddie va s’immerger dans les bas-fonds de la cité en se disant qu’elle tourne peut-être là son ultime film.

Convoquant le souvenir de grands cinéastes italiens ayant filmé l’envers du décor romain comme Michelangelo Antonioni, Pier Paolo Pasolini ou Federico Fellini (on pense entre autres à La Dolce Vita qui dépeignait les coulisses du cinéma), Mandico s’amuse d’une jeunesse culturelle romaine qui surnage entre les ruines d’une ville en déclin et l’esthétique punk des années 1980. La vision de sous-sols angoissants entre en collision avec une mythologie ancienne en train de s’effondrer et ce parfum de chaos résonne parfaitement avec le lâcher-prise d’une Eddie Mars qui cherche à s’oublier, tandis qu’elle semble encerclée par la mort.

Au milieu de ces multiples clins d’œil au cinéma italien (les légendaires Franco Nero et Ornella Muti font des apparitions), Mandico orchestre aussi des percées toutes personnelles de grâce musicale et de sentimentalité exacerbée. Sa jubilation vient notamment de l’aspect burlesque et exubérant du personnage d’assistante-maquilleuse jouée par Noémie Merlant, blonde peroxydée dont on comprend que le dévouement corps et âme pour la vedette Eddie Mars cachait depuis longtemps de grands sentiments. Cette affection secrète devient alors le cœur battant d’une œuvre flamboyante où l’amour finit par déborder de partout.

Roma Elastica de Bertrand Mandico (Condor, 1h43), sortie le 23 décembre

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