« Silent Friend » d’Ildikó Enyedi : une expérience contemplative fascinante

Quatre ans après « L’Histoire de ma femme », la réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi s’intéresse à la vie secrète des plantes dans le contemplatif « Silent Friend ». Certainement l’objet cinématographique le plus sensuel de l’année.


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« Nous sommes totalement dépourvus de moyens pour penser le caractère subjectif de l’expérience sans avoir recours à l’imagination – sans adopter le point de vue du sujet de l’expérience », écrit Thomas Nagel dans un article intitulé « Quel effet cela fait d’être une chauve-souris ? » Aussi brillant soit-il, le philosophe américain omet d’inclure à son exposé cet extraordinaire outil qu’est une caméra, lanterne magique capable de restituer le monde dans son altérité. Tout perché qu’il paraît à première vue, Silent Friend tente justement de rendre perceptible l’inexpérimentable.

De la même manière que Robert Zemeckis articule Here autour d’un living-room, Ildikó Enyedi cheville ce huitième long au tronc d’un ginkgo biloba, théâtre d’un récit arborescent qui chevauche trois époques. Des années 1970 à la pandémie de Covid-19 en passant par le début du xxe siècle, le film croise les destins d’un neuroscientifique (sublime Tony Leung Chiu-wai) et de deux étudiants qui s’intéressent aux interactions entre le monde végétal et son environnement. « Et si les plantes nous observaient, tout comme nous les observons ? » Enyedi use de cette hypothèse comme point de départ d’un voyage sensoriel qui invite à habiter le monde autrement. Il y a des films où l’on aime se lover dans une douce torpeur. Silent Friend est fait de ce bois-là.

Silent Friend d’Ildikó Enyedi, KMBO (2 h 27), en salle le 1er avril.