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Un podcast pour l’après-midi : 4 séries à binge-watcher pour contrer le « male gaze » selon Iris Brey

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Pour France Culture, l’universitaire Iris Brey a sélectionné quatre séries féministes portées par des héroïnes fortes et anti-conformistes. Des programmes à revoir d’urgence, histoire d’être bien accompagné(e)s en cette période de confinement.

« Est-ce qu’on va donner aux réalisatrices femmes de l’argent pour tourner des choses qui n’auront ni pistolet, ni bagnoles, ni fesses de femmes ? » En 1975, lors d’une discussion croisée avec Marguerite Duras, Chantal Akerman et Liliane de Kermadec, Delphine Seyrig (toujours bluffante de lucidité) exposait un constat d’une actualité brûlante : si les récits de femmes peinent à envahir les écrans, ce n’est pas parce qu’ils n’existent pas, mais parce qu’on ne leur donne pas les moyens économiques d’être visibles.

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45 ans plus tard, la donne a (un peu) changé, notamment par le biais de l’industrie de la série américaine, domaine de plus en plus investi par des femmes. Aux commandes de projets audacieux, des showrunneuses talentueuses proposent des récits qui déconstruisent le male gaze – cette idée que le regard masculin hétérosexuel est hégémonique dans notre culture visuelle -, en épousant le point de vue d’héroïne complexes, dont le désir et les ambitions ne dépendent plus des fantasmes de leurs homologues masculins. Sur les conseils d’Iris Brey, universitaire et spécialiste de la représentation du genre à l’écran, voici quelques séries à binge-watcher qui proposent des expériences de female gaze -parce que la sororité ne souffre pas du confinement.

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Fleabag : la plus corrosive

Commençons par l’incontournable comédie dépressive et trash de Phoebe Waller-Bridge, Fleabag (les deux saisons sont disponibles sur Amazon Prime). La showrunneuse y interprète une trentenaire londonienne enchaînant les aventures d’un soir pour noyer un spleen poisseux – une sexualité ravagée dont on comprend vite qu’elle est intimement liée à une pulsion de mort (l’héroïne a perdu sa mère et sa meilleure amie). La grande trouvaille stylistique de la série? Les adresses caméra ravageuses du personnage au spectateur, qui nous introduisent dans sa psyché tout en permettent de briser le quatrième mur pour apporter une distance ironique aux situations : « Ça permet de ne pas la réduire à “juste” un corps qu’on pourrait désirer, un corps passif. Elle reste toujours incarnée et ce qu’il se passe dans sa tête est toujours très drôle mais est toujours une manière de nous ramener à sa subjectivité », résume Iris Brey.

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La Servante écarlate: la plus réaliste

Vient ensuite l’héroïne de La Servante écarlate (disponible sur OCS), série dystopique de Bruce Miller qui imagine un monde dans lequel la majorité des femmes sont devenues stériles, et où celles qui peuvent enfanter sont violées. Le grand coup de maître de cette fiction est de ne plus montrer le viol comme un acte érotique, mais comme ce qu’il est, c’est-à-dire un « crime », « une expérience douloureuse et violente », grâce à des techniques de mise en scène anxiogènes. Il suffit d’un gros plan sur un visage crispé, une dilatation du temps, une caméra frôlant les épidermes pour que s’imprime viscéralement en nous l’expérience traumatisante de l’héroïne.

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I Love Dick: la plus transgressive 

Trop méconnue, la subversive série de Jill Soloway et Sarah Gubbins, I Love Dick, met en scène une quadra mariée redécouvrant sa libido en fantasmant sur un autre homme, entraînant son conjoint dans un triangle érotique. « L’enjeu de la série ce n’est pas : “Est-ce que Chris va quitter son mari ?” Ça c’est une question totalement obsolète, la question c’est comment une femme peut se prendre en main pour réfléchir à ses projections, à ses fantasmes, à son plaisir, à son désir ? » , explique Iris Brey. Une fiction en forme de manifeste féministe, qui renverse les logiques normatives de la séduction amoureuse, mais fait aussi du désir une arme de création. De son obsession pour Dick, l’héroïne tire de longues lettres sensuelles et crues qui nourrissent son imagination et renforce sa vocation de femme-artiste.

Girls: la plus drôle 

Avec ses scène de sexes crues et réalistes qui fissurent l’image lisse des rapports amoureux, la série post-Sex and the City de Lena Dunham a défriché quantité de problématiques taboues. Si elle fait date, c’est aussi parce qu’elle a eu le courage d’exhiber des corps naturels, non retouchés, prêts à s’accepter et à dévorer le monde sans se soucier des diktats de beauté, comme l’explique Iris Brey: « C’est une actrice qui revendique ses bourrelets, qui se met en scène, beaucoup nue, et qui nous apprend que son corps à elle est aussi un corps désirant et désirable. Elle nous a aussi appris à aimer son corps en même temps qu’elle apprenait à s’aimer elle-même et ça c’est la puissance sérielle, c’est de passer des heures et des heures avec des héroïnes qui nous apprennent à regarder le monde différemment. »

 

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