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Le film du soir : « Enemy » de Denis Villeneuve

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Après Incendies et Prisoners, le Québécois Denis Villeneuve adaptait en 2014 un roman de l’écrivain portugais José Saramago. Exploitant le motif de la toile d’araignée, cette réflexion vertigineuse sur la dualité et la confiance en soi est à revoir sur Arte.

Il n’est pas aisé de tenter l’adaptation d’un roman du prix Nobel de littérature 1998. « J’ai appris qu’un ami producteur avait réussi l’exploit d’avoir les droits d’un de ses livres [L’Autre comme moi, ndlr], qui sont très difficiles à obtenir, raconte Denis Villeneuve. Le style de Saramago, en soi, est inadap- table. C’est une forme littéraire très singulière, foi- sonnante. Je n’ai pas cherché à transposer le style, mais les idées. » L’Autre comme moi est le récit de la vie d’Adam, professeur d’histoire à l’université.

Dans Enemy, il est incarné par un Jake Gyllenhaal miteux, cheveux gras et cravate en velours côtelé serrée autour du cou. Il traîne sa carcasse entre sa salle de classe, où il donne des cours sur le chaos, et son appartement, où il reproduit chaque jour la même routine. Un soir, devant un film loué, il a la surprise de découvrir le visage d’un figurant qui lui ressemble trait pour trait. Commence alors un jeu de piste fébrile qu’Adam ne semble jamais sûr de vou­loir mener à terme. « Mon travail avec Jake n’a pas été de lui faire différencier ses deux rôles. Quand je lui demandais de passer d’un personnage à un autre, son corps changeait. C’était tellement impressionnant que j’ai plutôt dû m’assurer qu’ils se ressemblaient le plus possible. »

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Anthony, le double en question, se révèle être un acteur de seconde zone, mais possède bien plus de charisme qu’Adam. Arène de ce duel aux enjeux troubles, une ville oppres­sante, sur laquelle la caméra insiste. « L’idée était de montrer une mégapole pour créer un sentiment de claustrophobie. En repérage, j’ai trouvé dans Toronto une ville déshumanisée à l’architecture brutale qui m’a semblé être un espace vierge, relativement peu filmé, sauf par David Cronenberg. »

Deux autres éléments prennent une importance capitale : les figures féminines qui gravitent autour des per­sonnages, ainsi que l’image récurrente d’un animal angoissant. « L’araignée est une image précise qui n’était pas dans le roman, mais qui synthétise des idées qui y étaient très présentes. La sculpture de Louise Bourgeois Maman a été ma référence, car je voulais que l’araignée ait une intelligence, une certaine grâce et un rapport à la maternité. » Entre thriller esthétique et fable psychanalytique, Enemy laisse un sentiment de sidération, suivi par de pas­sionnantes cogitations.

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