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Dans une interview à Mel Magazine, Kelly Reichardt décrit « Once Upon a Time in Hollywood » comme un film « macho »

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La cinéaste a critiqué les représentations machistes qui seraient à l’oeuvre dans le dernier film du réalisateur de Pulp Fiction.

Quentin Tarantino a toujours été le roi du clivage – détesté ou adulé, son cinéma ne laisse personne indifférent. On se souvient de la polémique, restée célèbre, de Spike Lee reprochant au réalisateur de réduire l’esclavage à un western spaghetti dans Django Unchained, et plus généralement son usage abusif du mot « nigger » (« nègre » en français) dans ses dialogues. Dans le sillage de ces représentations raciales jugées problématiques par certains, la cinéaste Kelly Reichardt a à son tour pointé du doigt le caractère « macho » du cinéma de Tarantino, prenant pour exemple son dernier opus, Once Upon a Time in Hollywood, qui selon elle offre une vision traditionnelle sclérosante de la masculinité.

Dans une interview à Mel Magazine, Kelly Reichardt a déclamé son amour pour les personnages masculins échappant aux stéréotypes sexistes – son dernier film First Cow raconte d’ailleurs l’histoire d’une amitié très tendre entre Cookie Figowitz (John Magaro), cuisinier silencieux au caractère taciturne, et King-Lu (Orion Lee), un immigrant chinois, qui parcourent ensemble l’Oregon et créent un commerce de gâteaux lucratif. Lorsque le journaliste relève que ses films mettent souvent en scène « des hommes incroyablement doux et anti-macho », « qui ne sont pas comme ceux que nous voyons normalement dans les films », Kelly Reichardt répond du tac au tac : « Je ne comprends pas [les hommes machos]. Cela me dépasse. Prenez Once Upon a Time in Hollywood. Cette idée de l’homme torse nu sur un toit – l’homme blanc qui bat Bruce Lee, sauve la demoiselle en détresse, et met le feu aux « hippies minables » – je me dis : « Vraiment ? » Les gens adorent ça, mais je ne comprends pas, surtout dans le climat actuel, comment le machisme peut continuer à [les] intéresser. »

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Avant de poursuivre : « Le concept du sauveur blanc ? Je vous en prie… Comme si cela avait une quelconque pertinence dans notre monde. Il est fascinant de voir à quel point le sens donné à cette idée et sa mystification dans le monde tel que nous le connaissons peuvent encore exister ». Uchronie élégiaque sur un âge d’or hollywoodien en train de s’éteindre, Once Upon a Time in Hollywood est aussi une bromance entre un star du muet sur le déclin (Leonardo DiCaprio) et son cascadeur (Brad Pitt).

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Certains ont perçu dans ce buddy movie complice l’occasion d’invoquer à l’écran une forme de « female gaze ». Pour Sandra Laugier, philosophe et professeure à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, qui signe dans Libération une analyse du film dans la perspective des réflexions autour du genre, la scène montrant Brad Pitt torse-nu – à laquelle Kelly Reichardt fait explicitement référence – permet de « s’émouvoir à la vue du torse couturé de cicatrices de Brad Pitt (Cliff), dans une scène mémorable où il répare une antenne sur le toit de la maison tout en revenant sur quelques moments-clé de sa vie. » Le corps de Brad Pitt, sorte de palimpseste symbolique sur lequel s’imprime le souvenir de son rôle de cow-boy viril dans Thelma et Louise, serait une « occasion » de ressentir un « plaisir visuel » ou « visual pleasure ».

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Pour Iris Brey, c’est tout l’inverse : ce plan ne ferait que générer du « male gaze », en érotisant un corps d’homme rendu désirable par une caméra « objectivante » – lire son analyse juste ici.

Et pour ceux qui l’ignorent, sachez que le désamour de Kelly Reichardt pour Tarantino est réciproque. En 2012, le réalisateur a mis son western La Dernière Piste dans la liste de ses pires films de l’année. À la guerre comme à la guerre.

Image: Copyright Epicentre Films

 

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