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Top — Les 3 meilleures scènes de picole dans le cinéma de Sophie Letourneur

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À l’occasion de la sortie de son génial Énorme, TROISCOULEURS explore cette semaine l’univers drôle et inventif de Sophie Letourneur. Aujourd’hui, focus sur trois scènes d’ivresse portées par des héroïnes anti-conformistes, qui permettent à la réalisatrice de questionner les stéréotypes de genre en même temps que l’amitié féminine.  

La Tête dans le vide (2004)

Chez Sophie Letourneur, l’ivresse n’est pas toujours synonyme de tristesse, mais elle est souvent l’occasion pour les personnages de ruminer les petites tragédies du quotidien. Soit ici, les angoisses amoureuses de Guillemette (interprétée par Guillemette Coutellier), qui malgré les verres de vodka n’arrive pas à oublier l’absence du garçon qu’elle convoite et qui ne l’appelle pas. Avec un sens de la mise en scène proche de Rohmer, la réalisatrice perd ses héroïnes dans des effluves de paroles qui tournent en rond (« Et sinon je peux l’appeler, pas pour qu’on se voit mais pour que je sache pourquoi on se voit pas« ) – au point que l’enivrement vient davantage du débit des dialogues que de l’alcool. En quelques plans fixes parfaitement composés – des cadavres de paquets de chips servant de décor à ce confessionnal féminin et nocturne où chaque copine tente de repousser l’arrivée de l’aube -, Sophie Letourneur touche à une vérité triviale et troublante sur l’ennui.

Pour voir La Tête dans le vide en exclusivité, suivez ce lien.

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La Vie au ranch (2009)

Les scènes de bringue ne manquent pas dans ce film qui prend pour cadre la collocation animée d’une bande d’étudiantes parisiennes aussi joyeuses qu’impertinentes. Mais l’une d’elles fait office de morceau de bravoure, parce qu’elle met en scène, sans pudeur ni artifice, des conversations affranchies de tous les stéréotypes autour de la féminité. Affaissées sur le lit, Pam, Lola, Manon et Chloé boivent au goulot, chantent et dansent sans aucun souci de leur apparence. Leurs corps désarticulés occupent tout l’espace du cadre, leurs voix déraillent dans l’air. Ça parle de menstruation sans tabou, des vomis les plus mémorables de la bande, de psychologie masculine, ça mime un accouchement de façon grotesque, comme si dans le cocon de cet appartement, aucune norme ou honte ne pouvait les atteindre. Ou comment, à partir d’une simple scène fêtarde, Sophie Letourneur transforme ces héroïnes en conquérantes, à l’aide d’une série plans larges où s’impose la collectivité. 

La Vie au ranch est disponible en ce moment sur France TV. On vous en parle ici.

Énorme (2020)

Dans ses films, Sophie Letourneur se joue avec malice des codes et représentations lisses de la féminité. Le génial Énorme, son dernier film (à voir absolument en salles en ce moment), ne déroge pas à cette règle. Dans une scène, Claire (Marina Foïs), enceinte jusqu’au cou et d’ordinaire pas du tout amatrice d’alcool, profite de l’absence Frédéric (son conjoint/agent, incarné par Jonathan Cohen, très en forme) pour changer ses habitudes. Bouteille de blanc siphonnée, victuailles fromagères englouties… À son retour, Frédéric s’offusque de son comportement (et perd en même temps le contrôle de sa voix, qui part définitivement dans les aigües). Au-delà de l’évidente drôlerie de la scène, Sophie Letourneur  interroge la rapport de la société aux corps des femmes enceintes, davantage regardées comme des génitrices que comme des individus à part entière. La gêne que peut procurer cette image de femme enceinte qui boit dissimule toute une sacralisation de la grossesse qui empêche la femme de penser à son plaisir avant tout, la somme de devenir pure, presque virginale. Mais heureusement, chez Sophie Letourneur, on fait sauter les clichés comme on fait sauter un bouchon de champagne.

À lire aussi : Entretien — Sophie Letourneur : « Tous ces tabous autour du sexe féminin, c’est une histoire de honte »

Léa André-Sarreau et Joséphine Leroy

 

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