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L’archive du matin : Quand Eric Rohmer parlait de ses « Contes moraux »

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Une archive drôle, riche d’analyses, intelligente, de l’émission Parlons cinéma qui rappelle à quel point Eric Rohmer était un aussi bon orateur que les personnages de ses films.

Avant de tourner en 1950 son premier court-métrage, Journal d’un scélérat, et de confectionner des cycles philosophiques devenus célèbres (Six contes moraux, Comédies et proverbes, Contes des quatre saisons), Eric Rohmer était professeur de français, et a écrit une thèse universitaire sur l’espace dans le Faust de Murnau. Dans cette archive de Parlons cinéma, le cinéaste expose brillamment sa vision de l’art et sa sensibilité littéraire – et on ne peut pas s’empêcher de se dire que, oui, il avait définitivement la fibre pédagogique.

À propos des Contes moraux, épopée balzacienne focalisée sur la quête d’amour de personnages masculins tiraillés entre leurs doutes et leur libre-arbitre, le réalisateur explique: « Un garçon est à la recherche d’une fille, il en rencontre une autre, avec qui il passe le temps du film. Mais à la fin du film il retrouve la première, et finalement il s’aperçoit que c’est elle qu’il cherchait. Il est évident que le personnage qui intéresse le spectateur, ce n’est pas celle qui sera choisie, mais celle qui sera délaissée. De sorte que dès le départ, le spectateur est contre le narrateur. C’est ce porte-à-faux qui m’intéresse ». Ou comment résumer l’art de Rohmer et son goût pour le marivaudage amoureux aussi cruel que délicieux, son goût pour le langage trompeur, qui semble révéler les êtres mais ne fait que les rendre plus opaques.

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Justement, le langage chez Rohmer est un lieu d’action, de mise en danger. Pour écrire ses dialogues (qu’il reconnaît ésotériques, ça nous rassure un peu), il se nourrit des tics de ses acteurs, de leur verve singulière. « Dans La Collectionneuse, il y a un côté précieux, mais qui correspond à la vérité des personnages » explique-t-il, éclairant un autre paradoxe intrinsèque à son cinéma : la tension entre naturel et artificiel. Se jouer des rôles à soi-même, se rendre transparent aux yeux des autres… Le héros rohmérien est tiraillé entre l’apparence et la confidence, et ce qui le rend si agaçant – mais si proche de nous.

Pour l’écouter parler de sa contribution aux Cahiers du cinéma, de son amitié avec Chabrol et Rivette, de son amour pour les tournages amateurs et, enfin l’entendre analyser les rapports d’influence entre scénario et mise en scène (« Actuellement, dans la mesure où la forme cinématographique peut être goûtée en tant que telle plus qu’autrefois, il est évident que les sujets sont moins forts »), on vous laisse consulter cette archive passionnante en intégralité.

Et on finira sur ces mots impertinents, lucides, mais jamais méprisants: « Il est évident que mes films sont des films de conversations, et que si on se s’y intéresse pas, on peut s’en sentir rejeté. C’est un reproche que j’accepte et qu’on m’a fait pour Ma Nuit chez Maud, en me disant qu’il intéresserait 3 000 personnes… enfin, 30 000 disons. 3 000 c’est trop peu ». Que pourrions-nous ajouter ?

—> A LIRE AUSSI: A revoir sur Arte: Le Rayon vert d’Eric Rohmer

 

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