
On imaginait assister, au pire, à un ego-trip gênant de la chanteuse et productrice britannique, au mieux, à une sorte de long clip illustrant toutes les tracks de Brat – ce qui ne nous aurait pas non plus déplu.
The Moment n’est en fait ni l’un, ni l’autre : joué, coproduit, copensé par l’artiste, le film réalisé par le newcomer Aïdan Zamiri (clippeur pour Billie Eilish et FKA Twigs) use avec parcimonie des morceaux de l’album pour plutôt explorer – avec une relative humilité – les séquelles du phénomène. Personne n’est dupe : se demander pendant 1h30 s’il faut stopper net ou continuer de capitaliser sur le « brat summer » est une manière de le prolonger, de l’inscrire, lui et son vert criard, un peu plus encore dans la culture des années 2020.
Mais tout dans la facture du film, de sa mise en scène simple à l’humour efficace et bien vu, indique un recul qui donne un certain souffle au projet. Charli XCX s’y met en scène dans la fatigue et la – relative – tourmente d’un phénomène qui commence à lui échapper : son équipe l’oblige à s’associer à une banque pour lancer une carte de crédit « seulement pour les queers » ; on lui impose un réalisateur horripilant, génialement interprété par Alexander Skarsgård, pour filmer son concert, qu’il veut transformer en show family-friendly alors qu’elle et sa coéquipière l’ont pensé comme un club géant plein de stroboscopes et de références à la drogue.
Sans prétendre réinventer le genre du « documenteur », The Moment tire plutôt habilement les ficelles de l’époque, jouant sur la surconscience de l’image de soi à l’aide de caméos très drôles (Arielle Dombasle, Kylie Jenner…) et sur l’équilibre intenable entre marketing à grande échelle et valeurs morales. Une entrée modeste mais réussit dans le monde du cinéma pour la nonchalante et très smart Charli – qui réussit à conserver, au passage, son capital sympathie.
● ● À LIRE AUSSI ● ● Charli XCX sera la tête d’affiche du prochain film d’horreur de Takashi Miike
