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The Mandalorian : ce qu’on a pensé des deux premiers épisodes

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Que vaut le space western The Mandalorian, programme vedette de la nouvelle plateforme de streaming de Disney ?

CRITIQUE SANS SPOILER

L’idée, déjà esquissée avec deux spin-off sortis au cinéma pour le meilleur (Rogue One de Gareth Edwards, 2016) et pour le pire (Solo de Ron Howard, 2018), d’étendre le riche univers de Star Wars autrement qu’autour de la famille Skywalker peut paraître vraiment séduisante. D’autant plus en s’intéressant, non plus aux hautes sphères de la galaxie, mais à ses bas-fonds, qui regorgent de gangsters, malfrats et autres parrains du crime intergalactique.

Tel était l’audacieux pari pris par l’empire Disney qui a confié à Jon Favreau (Iron Man, Le Roi Lion) le pilotage de la série The Mandalorian, qui doit propulser sa nouvelle plateforme de streaming en orbite (lancée le 12 novembre, elle arrivera le 31 mars en France), face à ses concurrents Netflix, Amazon et Apple.

Si d’un point de vue comptable, l’opération semble déjà réussie (10 millions d’abonnés pour Disney + en 24 heures aux États-Unis, au Canada et aux Pays-Bas), les deux premiers épisodes de The Mandalorian méritent-ils toute cette attente ? Est-ce, comme l’a affirmé Werner Herzog, « ce que le cinéma peut faire de meilleur » ?

Déjà, il faut s’y retrouver dans la chronologie complexe de Star Wars : The Mandalorian se situe cinq ans après Le Retour du Jedi de Richard Marquand (épisode VI), et donc quelques décennies avant Le Réveil de la Force de J.J. Abrams (épisode VII). L’Empire s’est effondré avec la chute de Dark Sidious et la mort de Dark Vador, et la République, incarnée par la Princesse Leia et Luke Skywalker, tente alors de s’installer dans la galaxie. Conséquence directe de ce changement de régime : il est difficile de trouver du travail lorsqu’on est chasseur de prime… Le redoutable Mandalorien (Pedro Pascal), issu d’une espèce de super mercenaires rendue célèbre par le tueur à gage culte Boba Fett qui traquait Han Solo, est l’un d’entre eux.

Contre une immense somme d’argent, il accepte une périlleuse mission non officielle, commandée par un mystérieux client (Werner Herzog) : lui ramener vivante une cible dont il ne connaît que l’âge, cinquante ans. Ainsi débute la série qui se rêve comme un western de l’espace, au milieu de décors poussiéreux et désertiques qu’ils soient de glace ou de sable.

Deux épisodes de moins de quarante minutes chacun, soit une durée très éloignée des standards habituels (de 45 minutes à 1h20 pour la dernière saison de Game of Thrones). Autant dire que ça file à la vitesse de l’hyperspace. Disney a clairement mis les moyens pour réussir son entrée dans le monde concurrentiel des plateformes de VOD, et ça se voit à l’écran. La série n’a techniquement rien à envier aux blockbusters qui pullulent sur les écrans de cinéma.

Narration fluide, effets spéciaux léchés, direction artistique impeccable, photographie irréprochable entre Blade Runner 2049 et Le Bon, la Brute et le Truand : les compliments à faire ne manquent pas. Pourtant, les principales critiques à émettre se nichent au même endroit. Sans se contredire, on pourrait tout aussi bien écrire : narration sans accroc, effets spéciaux lisses, direction artistique proprette et photographie neutre. The Mandalorian manque de caractère et d’aspérités pour prétendre dépeindre un monde crasse remplis de voyous. Il n’y a rien d’autre à comprendre que ce que les deux premiers actes de série nous montrent : un chasseur de prime devant livrer un paquet d’un point A à un point B. Pour le moment, ni message politique, ni sous-texte psychologique.

Heureusement, la série nous donne tout de même quelques biscuits à ronger en attendant de voir la suite. Jusqu’ici, le suspens a été ménagé et l’intrigue globale plutôt bien dissimulée. On avance pas à pas avec le Mandalorien, en guettant le moindre retournement du scénario. En vain pour l’instant. Par exemple, on ne sait toujours pas grand chose de ce Lucky Luke galactique incarné par Pedro Pascal, une sorte de bloc de glace monolithique, armé d’un blaster qu’il dégaine plus vite que son ombre. Sa personnalité et ses origines ne sont esquissées que par quelques fragments d’un flash-back, au montage très haché, dont on ne connait pas encore la provenance. On comprend simplement que l’armure qu’il n’a pour l’instant pas retirée va se fissurer.

De quoi aiguiser notre appétit… Autre question intrigante : que vient-faire Werner Herzog – qui n’est apparu que deux minutes à l’écran – dans un univers à des années lumières du sien ? Qui est le mystérieux client qu’il interprète ?

Aussi, The Mandalorian se glisse habilement, sans trop en faire, dans l’héritage de la trilogie originelle (1977-1983) tout en essayant de s’en démarquer. Assumer la filiation pour mieux tuer le père. Pour attirer la cohorte de fans, il faut respecter le cahier des charges inhérent à la saga : un peu d’humour, un nouveau personnage très mignon (dont on ne dira rien pour ménager la surprise), des anciens qu’on retrouve (les Jawas déjà aperçus dans quatre des huit films), des sorties dans l’espace… Mais la série a plus d’ambition que de donner dans le fan service et le merchandising qui va avec. La musique en est le principal témoin. Exit les puissants et épiques thèmes de John Williams, welcome une bande originale plus électro et planante de Ludwig Göransson (Black Panther, Creed).

Elle prend également le contre-pied d’une saga chorale, habituée à faire vivre plusieurs histoires parallèles, en s’intéressant à un personnage taiseux, ce qui lui permet d’être aussi beaucoup plus contemplative que ses aînés. En cela qu’elle n’est pas dans la directe continuité scénaristique du space opera créé par George Lucas, The Mandalorian peut explorer les recoins d’une vaste mythologie sans prendre le risque qu’on lui reproche de trop trahir son matériau de base, à l’instar du procès public fait à au cinéaste Rian Johnson pour le crime de lèse-majesté Les Derniers Jedi (épisode VIII).

Mais pour aller où ? On l’imagine mal poursuivre de façon rectiligne dans le remake des douze travaux d’Hercule qu’elle a commencé : dresser un Blurgg, récupérer le paquet, affronter les Jawas ici transformés en pathétiques Minions belliqueux au rire tout droit tiré d’Oggy et les cafards, voler un œuf contre un gros rhinocéros de l’espace, reconstruire un vaisseau mis en pièces… L’épisode 3 promet des retrouvailles mouvementées entre un Mandalorien attendri par sa cible et son dangereux client. Il pourrait alors révéler pleinement le potentiel de la série.

Images : The Mandalorian de Jon Favreau – Copyright Lucasfilms

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