“Obsession”, “Backrooms” : comment Youtube devient la poule aux œufs d’or des studios

De plus en plus de jeunes réalisateurs autodidactes, formés sur YouTube, sont récupérés par les gros studios, avec des projets peu chers, inventifs, inspirés de la culture internet. La preuve avec deux pépites d’horreur récentes.


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Tremblement de terre à Hollywood. Le dernier opus de la franchise Star WarsThe Mandalorian and Grogu, s’est fait coiffer au box-office américain par un petit prodige de l’horreur, Curry Barker.

Qui est ce jeune cinéaste de 26 ans ? Venu de la galaxie Youtube, il s’est fait connaître en 2024 avec Milk and Serial, un slasher en found foutage mis gratuitement en ligne, et réalisé pour la modique somme de 800 dollars. Un projet que Curry Barker a, à l’origine, soumis à un distributeur américain – avant de le poster directement sur Youtube, pour qu’il soit vu par toute sa fan base, et au-delà.

Des millions de followers plus tard, Curry Baker sort son premier film produit en studio, et distribué en salles : Obsession. Le pitch est diablement simple, mais renverse aussi les tropes du film de possession. Bear, un jeune homme introverti, a recours à un objet magique pour réaliser son vœu le plus cher : obtenir l’amour de son crush, Nikki. Sur cette trame classique, Curry Barker greffe un malaise palpable, imposant une réflexion sur la culture masculiniste et l’amour toxique.

« Ne mise pas tout sur les jumpscares, essayer d’incarner l’histoire, et ne laisse pas la comédie prendre le pas ». Voilà les trois conseils que Sean Barker nous a confié en interview pour réaliser un bon film d’horreur – d’ailleurs, fun fact, le sien est inspiré d’un épisode des Simpson. Tourné en 20 jours, le film a coûté 750 000 dollars, avant d’être distribué aux Etats-Unis par Focus Features. Côté production, on retrouve Blumhouse, société de Jason Blum, à qui l’on doit plusieurs pépites horrifiques low budget comme Paranormal Activity de Oren Peli ou encore Get Out de Jordan Peele.

Sorti la semaine du 11 mai en France et aux Etats-Unis, le film cumule actuellement 188 millions de recettes aux Etats-Unis, et plus de 98 millions de recettes à l’international. A l’heure où l’on écrit ces lignes, Obsession a donc rapporté beaucoup plus que son coût d’origine, pour un taux de rentabilité de 28 648 %. A titre de comparaison, Star WarsThe Mandalorian and Grogu enregistre un taux de rentabilité de 191 %.

Ce miracle financier n’est pas sans rappeler celui de Backrooms, réalisé par Kane Parsons, et distribué par le très en vogue studio américain A24. Prévu pour le 17 juin dans les salles françaises, ce huis clos rencontre un franc succès aux Etats-Unis, où il est sorti le 29 mai. En un week-end, il s’est imposé en tête du box-office Outre-Atlantique ce week-end, récoltant 118 millions de dollars. Le film a déjà cumulé, avant même sa sortie en salles cette semaine, 237 million de dollars, ce qui promet le meilleur pour son démarrage français ce mercredi.

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« Backrooms » de Kane Parsons (c) A24

Kane Parsons (KanePixels sur les réseaux, créateur de la chaîne Kane Pixels, 3,24 millions d’abonnés) a le même profil autodidacte que Curry Barker. Du haut de ses 20 ans, il s’est déjà émancipé de la logique des studios. Dans son adolescence, il se nourrit des creepypasta -ces histoires glauques qui circulent sur les forums internet, et s’inspirent de légendes urbaines. Il en tire une websérie, dans laquelle un psy se perd dans les couloirs d’une dimension parallèle afin de retrouver une patiente. Backrooms est l’adaptation en long-métrage de cette histoire virale, portée à l’écran par un casting identifié : Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve. Résultat : Backrooms est désormais le plus gros démarrage d’A24 (118 millions de dollars) derrière Marty Supreme de Josh Safdie et ses plus de 138 millions de dollars.

Pourquoi un tel succès ? L’horreur américaine a toujours été un terrain ouvert, démocratique, propice à l’expérimentation. Son modèle économique peu coûteux, sa liberté de ton, loin des franchises à gros budget, attire des jeunes créateurs qui bénéficient d’une large audience.

Obsession et Backrooms sont surtout plébiscités par la GenZ. D’après le Hollywood Reporter, Obsession a séduit les jeunes : « 86 % du public a moins de 35 ans, et la moitié, moins de 25 ».

La génération se réapproprie ces objets culturels pour en faire des trends sur Instagram et TikTok. Montés sous forme de real ou d’edits, les extraits et bandes annonces de ces films sont rapidement devenus viraux. En cause ? Une forme accessible, dynamique, proche de la série B. La GenZ apprécie le côté faussement amateur, accessible, du found footage. L’esthétique assume un côté vintage, façon VHS des années 2000, et les personnages, semblables à des avatars de jeux-vidéos, évoluent dans un monde virtuel identifiable.

Ces deux films proposent aussi, à leur façon, une trame narrative proche des récits collaboratifs inventés par les internautes sur des forums de discussion. Backrooms prend la forme d’un survival énigmatique, dans des couloirs labyrinthiques. Quant à Obsession, il rebat les cartes du genre horrifique à l’aune de problématiques contemporaines, comme l’emprise amoureuse.

Youtube va-t-il désormais imposer ses règles à l’écosystème de production américain, majors américaines et studios indépendants compris ? Ce qui est certain, c’est que la machine hollywoodienne a déjà prévu d’intégrer les rebelles dans son circuit. Curry Barker planche déjà sur un nouveau projet perso prévu pour 2027 (Anything But Ghosts, co-scénarisé avec Cooper Tomlinson), et un remake de Massacre à la tronçonneuse pour A24. Quant à Kane Parsons, il capitalise déjà sur le succès de Backrooms avec une suite, elle aussi produite par A24, qui continue de se revendiquer comme un studio indépendant malgré son hégémonie et ses recettes au box-office.

Sources : High On films et JPS Box Office