
Vous n’avez aucune scène en commun dans le film. Est-ce que vous avez quand même réussi à construire quelque chose ensemble, un travail en commun ?
Hafsia Herzi : On n’a pas vraiment eu l’occasion de se croiser. Le tournage a été assez court. Le plus important, de toute façon, c’était surtout de créer avec les partenaires avec qui on jouait directement. Et puis, dans le film, nos personnages ne s’aiment pas trop…
Monica Bellucci : C’est vrai qu’on ne s’aime pas tellement dans le film. Mais il y a quand même un jeu de regards, une connexion instinctive. Même sans interaction directe, je savais qu’elle était là, je la ressentais. Il y a une interaction inconsciente qui se crée naturellement, et ça produit malgré tout une émotion commune dans le film. Ce qui est beau dans ce film, c’est son aspect choral. Les personnages se croisent et existent à travers les autres. Ce sont deux maisons voisines, et ce qui se passe dans l’une résonne dans l’autre. Malgré la distance, il y a une vraie proximité.
Qu’est-ce qui vous a le plus touchée dans votre personnage ?
Hafsia Herzi : Ce n’est pas évident d’en parler sans trop en dire. Je dirais son passé. Ce qui m’a touchée, c’est son histoire, en tous cas une partie, ce pourquoi elle a fui.
Monica Bellucci : Ce qui m’a touchée, c’est que mon personnage arrive à un moment très complexe de sa vie. C’est une période où elle se pose beaucoup de questions, elle pense qu’elle a raté sa vie de femme, d’artiste, de mère. J’étais très touchée par le fait qu’elle se trouve à un moment où tout peut basculer — et où d’ailleurs tout bascule.
Qu’est-ce que le huis clos crée comme conditions particulières pour le travail d’actrice ?
Hafsia Herzi : Il faut beaucoup de concentration. Ce n’est pas évident de rester enfermée en intérieur, surtout qu’il faisait très chaud, c’était la canicule. Et il fallait faire comme s’il ne faisait pas chaud. Il faut rester concentrée, ne pas s’éparpiller.
Monica Bellucci : Il fallait entrer dans un univers assez secret, mystérieux, qui correspondait aussi aux personnages et à l’atmosphère du film. Les personnages ne se livrent pas immédiatement, et c’est ça qui est intéressant. La majorité de mes scènes sont avec Alane Delhaye, et il y avait énormément de nuances dans notre relation : la peur, le refus, la haine, la manipulation… Et au fond, peut-être aussi une forme d’affection. Je ne sais pas si elle est sincère ou manipulatrice. C’était très intéressant à jouer.
Quel genre de cinéaste est Léa Mysius ? Est-ce qu’il y a de la place pour l’improvisation sur ses tournages ?
Hafsia Herzi : Le texte est très écrit. Mais Léa est une réalisatrice très douce, très calme, qui nous fait confiance. Il y a quand même une place pour l’improvisation. Elle nous laisse essayer des choses, puis elle trie pour garder ce qui l’intéresse. C’était agréable sur certaines scènes. Mais elle est aussi très précise : les cadres sont très réfléchis, tout est préparé en amont.
Monica Bellucci : Oui, elle est très ouverte. Elle aime échanger avec les acteurs, avec les auteurs, avec tout le monde. Elle est prête à écouter. Mais en même temps, elle sait exactement ce qu’elle veut et ce qu’elle voit. Moi, j’ai quelque chose de plutôt romain, solaire, et elle est allée chercher chez moi quelque chose de plus dur, plus austère, que je n’ai pas forcément dans la vie de tous les jours.
Qu’est-ce que la nuit véhicule comme imaginaire, pour vous ?
Hafsia Herzi : La nuit, c’est particulier. C’est le moment des rêves, des cauchemars. C’est un univers à part. Parfois, ça peut être angoissant, selon qu’on arrive à dormir ou non, selon l’état dans lequel on est, selon les pensées qu’on a dans la tête.
Monica Bellucci : Quand on a des enfants, c’est encore autre chose.
Hafsia Herzi : Oui, c’est ça. De toute façon, une fois qu’on a des enfants, on ne dort plus jamais complètement tranquille.
Monica Bellucci : Les miens sont grands maintenant, mais on ne dort plus pour d’autres raisons. La nuit, il y a aussi ce silence parfois qui est beau, dans le sens où tu sais que tu n’auras pas 1000 coups de fils. On a l’impression de pouvoir entrer dans un autre univers. La nuit, quand tu es jeune, elle est belle, peut-être aussi que tu sors beaucoup, tu fais la fête. Quand tu es plus âgée, la nuit devient aussi un moment pour soi, surtout si tu as des journées bien remplies. La nuit, c’est la paix, c’est le silence.
