« Marty Supreme » : Timothée Chalamet à la poursuite de la gloire

À peine rangée la guitare dylanienne d’ »Un parfait inconnu », Timothée Chalamet attrape au vol une raquette de ping pong pour briller dans un autre (faux) biopic, signé Josh Safdie. Aussi frénétique qu’attachant.


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© A24

Malgré le split des frères Josh et Benny Safdie, les fans du tandem ne seront pas dépaysés avec ce survival halluciné : son ouverture évoque d’emblée, dans une version utérine, l’inaugural trip « coloscopique » d’Uncut Gems (2019). On retrouve dans Marty Supreme l’équipe habituelle du Safdie-verse (les synthés eighties de Daniel Lopatin, le montage heurté de Ronald Bronstein, le grain seventies de Darius Khondji) et son héros type. Soit un être flamboyant d’immaturité pris dans une course effrénée pour faire son trou dans un New York bouillonnant.

Il se nomme cette fois Marty Mauser. Le film s’inspire librement de la vie d’un prodige du ping-pong juif new-yorkais dans les années 1950. Les initiales M. M. du personnage, qui évoquent Mickey Mouse, laissent entendre une dose d’humour cartoonesque. Les balles ricochent, les vitres se brisent et les étages s’effondrent sur le passage de Marty Mauser. Comme si rien ne pouvait lui résister, mais que tout le percutait quand même, sa trajectoire de jeu zigzague, Marty semant gags et chaos dans son sillage.

Timothée Chalamet prête idéalement son corps fluet à ce binoclard aux ambitions extralarges : destiné à une modeste carrière de vendeur de chaussures dans le Lower East Side, le boutonneux de 23 ans se voit déjà champion d’un sport de raquette qui n’a pas encore la cote dans son pays. Pas grave, il ira jusqu’en Europe, en Afrique ou au Japon s’il le faut. Plus on méprise son rêve, plus il y croit. D’hypnotiques plans larges montrent ainsi l’ambitieux au milieu d’une foule de concurrents. D’abord invisible, sa silhouette de gringalet finit par se démarquer, puis par s’imposer avec l’évidence d’une balle orange fluo.

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« Marty Supreme » : Timothée Chalamet à la poursuite de la gloire 3

Quand sa maîtresse, Kay (Gwyneth Paltrow, impériale en actrice blasée), s’alarme de ses faméliques revenus, il ne se démonte pas : « Ma confiance me fait vivre. Je crois en moi, l’argent suivra. » Monstre d’arrogance au bord du pathétique, Marty n’est bizarrement jamais antipathique, car son énergie sisyphéenne a quelque chose d’enfantin. Et même si l’éternel endetté abuse de magouilles pour parvenir à ses fins, les autres ne font pas mieux : parmi la myriade de personnages peuplant Marty SupremeSafdie ne lésine pas sur les trognes mémorables issues de castings sauvages –, rares sont ceux qui ne sont pas un peu hustlers dans l’âme.

À commencer par Rachel (Odessa A’zion), qui forme avec Marty un superbe couple de têtes brûlées à la Bonnie Parker et Clyde Barrow, mais aussi un vampirique magnat du stylo-plume ou encore un mafieux craspec incarné par Abel Ferrara. Et comment en vouloir à quelqu’un qui clôt toutes ses disputes avec ses proches par un « je t’aime » désarmant ? Marty est égoïste, inconséquent, maso – une fessée déculottée ne le décourage pas, mais c’est aussi un Mensch en construction. À sa manière roublarde, un type plutôt bien.

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Marty Supreme  de Josh Safdie (Metropolitan FilmExport, 2 h 29), sortie le 18 février