Le format Imax 70mm utilisé par Christopher Nolan pour « L’Odyssée » est-il élitiste ?

Loin de se limiter à un débat puriste entre cinéphiles, la question de l’accessibilité à l’œuvre originelle, telle que le réalisateur l’a pensée, suscite un débat sur la démocratisation culturelle.


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"L'Odyssée" (c) Universal Pictures

Depuis sa sortie, le blockbuster de Christopher Nolan, adapté de l’épopée antique d’Homère, est au cœur d’une guerre des formats – et d’un clivage culturel moins anecdotique qu’il n’y paraît.

L’Odyssée, c’est le premier long-métrage de l’histoire à être tourné entièrement avec des caméras IMAX 70mm, c’est-à-dire avec une pellicule argentique deux fois plus grande que la 35mm. Résultat : la résolution d’image est bien meilleure. Pour respecter ce format, il faut un écran de projection adapté, qui recouvre toute la périphérie de la vision. Or, il y a très peu de cinémas qui ont un tel écran : au Grand Rex à Paris, par exemple, vous pourrez voir le film en pellicule 70mm, mais pas sur le bon format d’écran. Du coup, la plupart des gens vont voir le film coupé, recadré pour tenir sur l’écran d’une salle classique : on perd de l’information en haut et en bas.

En France, un seul cinéma réunit les conditions précises dans lesquelles Nolan souhaite que les spectateurs voient son film : il s’agit du bien nommé Pathé Odysseum à Montpellier. Ailleurs en Europe, vous pourrez voir le film à Londres (au British Film Institut) ou à Bruxelles (au Kinep). Dans le monde, seuls 41 cinémas proposent un Imax 70mm.

Loin de se limiter à un débat puriste entre cinéphiles, la question de l’accessibilité à l’œuvre originelle, telle que Nolan l’a pensée, suscite un débat de fond. Et révèle une tension entre démocratisation et exclusivité culturelle.

Est-il acceptable que la majorité des specteurices voient une version tronquée du film, quand seule une poignée de privilégiés a accès à l’œuvre intégrale ?

Internet a en tout cas tranché la question, avec beaucoup d’ironie. Sur les réseaux sociaux, les internautes postent des incrustations d’images de L’Odyssée dans des écrans minuscules, avec la mention « As Nolan intended » – « Tel que Nolan l’a voulu ». Une gameboy, un écran TV vintage, une porte de frigo, une montre connectée… Tous les moyens, même les plus rudimentaires, sont bons pour voir le film.

Le débat prend aussi une tournure sociale. D’après PetaPixel, la GenZ américaine s’insurge, sur les réseaux sociaux, de la fracture économique et géographique créée par les différences d’accès au format Imax 70mm. Dans une publication qui a totalisé plus de 26 millions de vues sur X, on peut ainsi lire : « *L’Odyssée* est un film où les personnes défavorisées en voient littéralement moins. »

Cette trend est aussi une façon de se moquer d’un phénomène plus large : la « premiumisation » des salles de cinéma, qui misent de plus en plus sur des expériences et des infrastructures haut de gamme, et tendent à faire du cinéma un objet de luxe. 

Résultat : le ticket de cinéma augmente. En France, voir L’Odyssée en Imax 70mm vous coûtera en moyenne 30 euros.

Aux Etats-Unis, la mise en vente des places pour les projections en IMAX 70mm, un an avant la sortie du film, a même créé une spéculation. La plupart des salles ont affiché complet, et des tickets ont été revendus pour plusieurs centaines de dollars sur des eBay.

Malgré ces critiques, Christopher Nolan défend la vision du cinéma comme un rituel, à l’heure où le numérique a habitué le public à considérer les œuvres comme des contenus interchangeables, visibles partout et de la même manière.

Surtout, l’Imax 77mm est pour lui « ce qui se rapproche le plus de ce que voit l’œil humain »ce qui fait de L’Odyssée une expérience immersive unique.