« Les rayons et les ombres » de Xavier Giannoli : un portrait ambivalent sur la mécanique de la collaboration

Fidèle à ses talents de portraitiste, Xavier Giannoli raconte le destin criminel de Jean Luchaire (Jean Dujardin), complice de la collaboration française pendant la Seconde Guerre mondiale, et signe une épopée glaçante.


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Adepte des drames historiques cinglants (Marguerite et son Paris des années 1920, Illusions perdues et son XIXe siècle balzacien), Xavier Giannoli se penche ici en toute logique sur la Seconde Guerre mondiale pour explorer l’ambivalence de personnages ayant réellement existé. Soit Jean Luchaire (Jean Dujardin), journaliste et patron de presse qui participa activement à la collaboration française avec l’occupant nazi à partir de 1940, et sa fille Corinne (Nastya Golubeva), qui commença une prometteuse carrière d’actrice avant la guerre.

Le film décrit l’engrenage qui poussa ces individus d’abord pacifistes à devenir complices des pires atrocités du régime de Vichy. Giannoli insiste sur la relation entre Luchaire et son ami allemand Otto Abetz (August Diehl), dont les désirs de réconciliation ont peu à peu été mis au service de la politique hitlérienne. Durant trois heures foisonnantes, le cinéaste condamne évidemment les compromissions meurtrières de ses protagonistes, tout en illustrant l’écroulement de toute une société mondaine sous le poids du crime. Et le Requiem de Mozart d’amplifier, dans une stupéfiante séquence nocturne aux Invalides, cette immersion macabre aux côtés des vampires et monstres de l’histoire française, dont la barbarie semble de nouveau toute proche.

Les rayons et les ombres, en salle le 18 mars, de Xavier Giannoli, Gaumont (3 h 15).