
« Papa ne ressemble pas à Papa », balance la petite Yaya, fraîchement arrivée de Chine avec sa mère. Déconfit, le papa en question, Lu, s’est épuisé à arpenter New York comme un fou à la recherche du vélo qu’on lui a volé lors d’une livraison. Difficile d’offrir l’image de l’american dream quand on a perdu son outil de travail dans une métropole grouillant de pédaleurs ubérisés.
Comme si ça ne suffisait pas, le père de famille (pas foncièrement lucky, cinglante ironie du titre original, Lucky Lu) risque de perdre son logement à cause d’une arnaque à la location. Et les quelques dollars grappillés à droite et à gauche ne suffiront pas à payer son loyer ou à se procurer un biclou de secours. Dans ses grandes lignes, Les Lumières de New York chemine en terres (néo)réalistes, emboîtant le pas à Boris Lojkine (L’Histoire de Souleymane). Forcément, on pense aussi au Voleur de bicyclette de Vittorio De Sica, mètre étalon d’un sous-genre du cinéma social encore à définir. Issu de la scène indépendante, Lloyd Lee Choi affiche une volonté de contrer les codes d’une formule rodée (caméra embarquée, acteurs non professionnels…). Dans le rôle de Lu, Chang Chen (découvert chez Edward Yang) capte les brefs rayons de soleil. Une lueur d’espoir rare dans un New York cafardeux peu visité au cinéma depuis l’extinction du Nouvel Hollywood.
Les Lumières de New York de Lloyd Lee Choi, sortie le 7 janvier, KMBO (1 h 43)