
La saison 3 d’Euphoria est là. Et bizarrement, en y repensant, il me reste peu de choses des deux premières : des flashs poisseux de teen movie lugubre ; de jolies cheerleaders engluées dans un cauchemar sous néons ; des sexes de quarterbacks qui pendouillent dans des vestiaires ; la caméra qui s’attarde sur des seins, des bouches, des fesses, dans un clair-obscur… Qu’est-ce qui a réellement fait le succès mondial de cette série ? Le voyeurisme n’est pas un effet secondaire d’Euphoria, il en est le moteur. Du porn partout. Du sexe, nulle part. Euphoria ne parle qu’une seule langue : celle de l’abus, de la dépendance, de la perte de soi. Une série-symptôme.
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Depuis quelques années, le porn n’a pas seulement envahi la chambre des ados d’Euphoria : il a contaminé les imaginaires. Comme Maddy, sur son lit de jeune fille, les fictions se contorsionnent pour avoir l’air sexy sans chercher le trouble. Pourquoi revenir à Euphoria ? Une part de moi a envie de les débarbouiller, les héroïnes ultrasexualisées de Sam Levinson, et de les emporter loin de lui et de son petit manège.
Kat a disparu. L’actrice qui l’incarnait, Barbie Ferreira, a quitté la série. Et ce n’est pas anodin. Parce que Kat était la seule avec un imaginaire propre, la seule qui avait dépassé le rôle body positive certainement assigné au départ. Quand sa sextape devient virale, elle ne s’effondre pas, mais reprend le contrôle. C’est la seule qui échappe presque au script, par une détermination propre à l’actrice. Son départ dit quelque chose d’important sur Euphoria : la série ne sait pas quoi faire des personnages qui se libèrent.
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Euphoria voulait filmer une génération Z dévorée par les réseaux sociaux. Le problème, c’est qu’on ne sait plus qui dévore qui. Le seul moment de grâce ? Entre Jules (Hunter Schafer) et Rue (Zendaya). Pour le reste, on tourne en rond dans le labyrinthe de miroirs d’une fête foraine macabre. Comme cette scène où Maddy et Cassie sont sous ecsta, piégées dans leur propre reflet démultiplié. La saison 3 est annoncée comme « encore plus sombre, plus suffocante ». Vraiment ? Il y a quelque chose de puritain dans cette volonté de « punir » les jeunes filles. Et si on les laissait s’échapper ?
Euphoria, saison 3, disponible sur HBO dès le 13 avril.
