Qui est Charline Bourgeois-Tacquet, la réalisatrice de « La Vie d’une femme », sélectionné en Compétition à Cannes ?

La jeune réalisatrice française, à qui l’on doit le très beau « Les Amours d’Anaïs » (2021), s’est frayé une place de choix en compétition officielle, grâce à son deuxième long-métrage porté par Léa Drucker. Le portrait d’une chirurgienne bouleversée par l’arrivée d’une écrivaine dans sa vie, qu’on attend avec impatience.


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La Vie d'une femme de Charline Bourgeois Tacquet, en Compétition à Cannes 2026

« Mes portes d’entrée vers le cinéma, ce sont la langue – j’ai été assistante éditoriale chez Grasset – et le jeu – j’ai d’abord voulu être actrice », nous confiait en 2021 celle qui venait de réaliser un superbe conte rohmérien, Les Amours d’Anaïs. Dans ce premier long volubile, Anaïs Demoustier campait une trentenaire volage, thésarde à la Sorbonne, qui butinait de fleurs en fleurs, d’amants en amantes, avec un hédonisme insouciant.

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Les Amours d’Anaïs de Charline Bourgeois-Tacquet (2021)

C’est avec un nouveau portrait féminin que Charline Bourgeois-Tacquet rejoint la Compétition cannoise. Dans La Vie d’une femme, Léa Drucker campe Gabrielle, 55 ans, chirurgienne dans un hôpital public, vouée à son métier au point d’en oublier sa vie privée. Le jour où Frida, une romancière jouée par Mélanie Thierry, s’immerge dans son service pour les besoins d’un livre, son quotidien déraille…

Ce qu’on aime chez Charline Bourgeois-Tacquet, c’est un savant mélange de gravité et de légèreté, une façon de prendre le contre-pied du drame sentimental, pour l’emmener vers des rivages vaudevillesques. Déjà dans Pauline asservie, son premier court, son héroïne (Anaïs Demoustier) tuait l’attente d’un homme marié en s’égarant dans une tchatche réparatrice.

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Pauline asservie de Charline Bourgeois-Tacquet (2010)

Il faut dire que la réalisatrice, qui a manqué l’agrégation de lettres à une place près, a été biberonnée aux livres. Roland Barthes ou encore Madame de La Fayette ont nourri son goût pour les histoires d’amour hasardeuses, les impasses de la sentimentalité. Dans son panthéon cinéphile, il y a aussi Katharine Hepburn, Arnaud Desplechin, Patrice Chéreau

Autant de cinéastes qui ont creusé la question du langage en lien avec l’érotisme, dans une forme ample et virtuose que Charline Bourgeois-Tacquet convoque souvent elle aussi. Dans Les Amours d’Anaïs, la sensualité des personnages s’ouvrait au fur et à mesure que la caméra gagnait en amplitude, élargissant l’horizon en longs plans-séquences.

Derrière cet attachement aux personnages indécis se cache une éthique : filmer des héroïnes en prise à des injonctions contradictoires, tiraillée entre la liberté et la norme. Autant de questions existentielles et politiques que Léa Drucker devrait aussi se poser dans La Vie d’une femme, et qui en font l’un des films les plus attendus de cette compétition.