
Morphine a le même flegme cinglant que Daria, l’ado blasée de la série du même nom – elle a d’ailleurs, tatoué sur le bras, « Sick Sad World », du titre de l’émission préférée de son héroïne. Babouchka, elle, se réclame de Régine, la « reine de la nuit », femme d’affaires aux boas bouffants et à la gouaille ravageuse – elle porte même son parfum, qui laisse un élégant sillage vieille France. « Les Marcel Carné, les Gilles Grangier, les Max Ophüls, j’adore ! », clame Babouchka, tandis que Morphine serait plus « Bound, But I’m a Cheerleader, beaucoup de films queer et d’horreur ».
Imaginez donc Daria et Régine besties, qui proposeraient un show en forme de culte vrillé à Bimboland, John Waters ou Jeanne Dielman. Leur plus grand succès ? Leur relecture de Shrek. Morphine raconte : « La princesse Fion.A partait à Fort Fort Lointain pour son Brat Summer tandis que Shreke, qui envisageait la non-binarité, se rendait compte qu’elle voulait juste être lesbienne. Les lesbiennes adorent Shrek – et on a bien raison. » Au Point Éphémère en janvier, aux côtés d’artistes comme Pees, Miss Tizzy, Kreature ou Caroline Polashnek, on a pu découvrir leur version de The Substance de Coralie Fargeat. Babouchka y performait Demi Moore en lutte contre le temps, reprenant la litanie de Brigitte Fontaine, « Je suis vieille et je vous encule », avec un air de dédain souverain. « La fin, c’est souvent Babouche qui chante I’m Alive », dit Morphine. « C’est moi qui confronte la vie et la mort et qui survis. C’est très christique, pourtant je n’ai pas été élevée dans le catholicisme », précise Babouchka.
Morphine, elle, donnait sa vision gracieuse du final de The Substance sur les étoiles de Hollywood Boulevard – un moment tout en suspension qui était aussi le plus bel hommage à David Lynch vu jusqu’ici. Babouchka et Morphine se rencontrent en 2017 à la soirée House Of Moda – Morphine porte alors des prothèses d’yeux sortant de leurs orbites. « À l’époque, je faisais du drag horror. Alors qu’aujourd’hui, je fais du burlesque, de l’effeuillage plutôt glam. » Quant à Babouchka : « J’ai toujours voulu être glamour. L’intérêt de mon drag se situe dans ma superbe inaptitude à atteindre ce glamour. »

Leur amitié se fonde sur un sentiment d’être les outsiders nerdy de la scène drag. Morphine : « On ne se voulait pas punk. Moi, déjà, étant une femme qui fait du drag, je me disais qu’il fallait qu’on arrive à s’intégrer. Mais on devait se démarquer. Qu’on nous considère bizarres, ça venait peut-être de là. » Le duo se ligue contre l’esprit de sérieux autour du cinéma – Babouchka, qui a fait la FEMIS, le détaille bien dans son génial podcast Le Masque et la plume dans le cul, qu’elle coanime avec Marguerite du Trash. Screen Queens est alors la plus belle réponse.
Tout en menant leurs projets perso – Morphine mène le drag show La Misandrag et le cabaret burlesque queer Morphine Follies, Babouchka prépare la deuxième saison de sa websérie Babouche présidente –, les deux développent le côté music-hall de Screen Queens, un peu comme le fait la drag queen américaine Peaches Christ autour des midnight movies. Tout en caressant l’envie de lancer un ciné-club, et le rêve de décrocher une résidence d’écriture dans la clinquante Las Vegas. « On a besoin de notre photo sur Line Renaud Avenue. »
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