CANNES 2026 · « Tin Castle » d’Alexander Murphy : plongée puissante au cœur d’une forteresse ambulante

Présenté en compétition à la Semaine de la Critique, le second long métrage documentaire d’Alexander Murphy (« Au-delà de Katmandou », sorti l’an dernier) suit le quotidien d’une famille de Travellers irlandais et célèbre l’irréductible amour qui les unit.


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En Irlande sont installés, le long d’une route, les O’Reilly dans deux mobil-homes fatigués. Ces Irish Travellers, minorité ethnique nomade aujourd’hui relativement sédentaire, tentent de préserver un équilibre menacé par les pressions gouvernementales et les discriminations subies parfois au sein même de leur communauté.

Shawn et Lisa s’occupent des tâches courantes, de leurs chevaux, et veillent sur leurs dix enfants, dont l’un s’apprête à quitter le nid. À ceux qui voudraient les retrancher dans une maison plus grande et plus moderne, violent symbole de conformisme et d’ultra-surveillance, les O’Reilly adressent un refus poli, certains de ne pas appartenir à ces espaces-là. Car qu’est-ce qui est trop petit ou trop étroit, et dans le regard de qui ?

Quand, dans la scène d’ouverture, chacun des douze membres sort du mobil-home familial et salue plus ou moins frontalement la présence de la caméra, ce plan fixe fait l’effet du sac de Mary Poppins, d’un endroit qui abriterait une ressource inestimable. C’est ce motif que va explorer généreusement Alexander Murphy, qui a rendu visite à cette famille pendant cinq ans, comme aimanté par l’amour qu’ils se portent les uns aux autres et par leur fière réappropriation d’une marge dans laquelle on voudrait les enfermer.

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En dedans comme en dehors, les O’Reilly se partagent une liberté précieuse qu’on accompagne jalousement, comme nous aussi candidats à ce bonheur insoumis. Sans certitude sur ce qui attend cette famille au mode de vie en péril, Tin Castle en érige pour l’heure la résistance. Et, dans son chapitrage élégant comme dans le souffle poétique qu’amène à répétition l’enlevé Trio avec piano n° 2 de Schubert, le film prend une dimension féérique, faisant des vastes champs alentour un conte dans lequel se lover, en s’évitant de sinistres forteresses.

Irish Travellers (Tin Castle) de Alexander Murphy (Dulac Distribution, 1h45)

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