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[CRITIQUE] « Elephant Man », le chef d’œuvre humaniste de David Lynch ressort pour ses 40 ans

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À l’aube des années 1980, alors auteur d’un seul long inquiétant et tortueux (Eraserhead), David Lynch se voit confier par le producteur Mel Brooks la réalisation d’un biopic de Joseph Merrick,  un Britannique connu comme phénomène de foire de l’ère victorienne. De son histoire poignante, le cinéaste tire un appel à la tolérance à la beauté étrange qui ressort en version restaurée 4K le 22 juin, pour les 40 ans du film et la réouverture des cinémas.

C’est assez rare pour être noté. En tant que producteur, Mel Brooks a laissé carte blanche à David Lynch pour adapter comme il le souhaitait les mémoires du médecin Frederick Treves à propos de Joseph Merrick, un homme difforme surnommé l’«homme éléphant » et exhibé comme un monstre de foire. Séduit par l’audace expérimentale du jeune cinéaste et le trouble provoqué par son film de fin d’études, Eraserhead (1977), Brooks comptait certainement sur lui pour s’emparer de cette histoire en la faisant dériver vers un onirisme inquiet, comme en témoigne la sublime et cauchemardesque scène d’introduction dans laquelle la mère de Merrick est renversée par des éléphants.

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Prenant le parti du noir et blanc, choisissant de renommer le protagoniste en John Merrick, Lynch fait comme grimacer l’histoire d’origine. Il y a ainsi quelque chose des peintures tourmentées et biscornues de Francis Bacon ou d’Egon Schiele dans les expressions du masque imposant porté par John Hurt, l’interprète de l’homme-éléphant, personnage brisé dont chaque sortie est un calvaire d’humiliations et de brutalité, aussi bien lorsqu’il est exhibé pour de l’argent dans des foires que quand il est ausculté sous toutes les coutures par des médecins ou des bourgeois. Comme la vraie laideur est ici avant tout morale, le cinéaste fait apparaître les visages de ses bourreaux tout aussi vilains et grotesques avec leur contorsions ricanantes, soulignées par les clairs obscurs tranchants du chef opérateur Freddie Francis.

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Mais là où la mise en scène de Lynch fait des merveilles, c’est moins comme à son habitude dans ses visions surréalistes, que tout simplement dans son appréhension généreuse des regards. A ceux qui dévisagent, accusent ou rabaissent s’oppose celui de John Hurt qui, sous des prothèses gigantesques, luit d’une grande douceur. On se souviendra aussi toujours des larmes d’Anthony Hopkins, qui joue le médecin Frederick Treves, quand son personnage sidéré découvre le corps disproportionné et supplicié de Merrick pour la première fois. Ces échanges de regards là, qui par leur bienveillance vont permettre au héros de s’accomplir, ouvrent une brèche d’humanité dans un film par ailleurs très violent. C’est cette tendresse qui en fait l’un des films sur l’anormalité et l’exclusion les plus importants de l’histoire du cinéma, au même rang que le Freaks (1932) de Tod Browning.

Elephant Man (1980) de David Lynch

Version 4K restaurée

Carlotta Films (2h05)

Sortie le 22 juin

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