CANNES 2026 · « Histoires de la nuit » de Léa Mysius : terreur nocturne

Transposition efficace du livre fleuve de Laurent Mauvignier, « Histoires de la nuit » joue les codes du genre pour mieux faire résonner la terreur. Déjà dans « Ava » (2017), son premier long étrange, puis « Les Cinq Diables » (2022), fresque lynchienne, le cinéma de Léa Mysius se tenait à cheval quelque part entre le mythe et la réalité. Avec ce thriller en forme de home invasion, la réalisatrice continue de tracer ce sillon passionnant en faisant percuter un certain naturalisme à la française par la sécheresse et la violence de la série B.


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(c) Le Pacte

Dans un hameau perdu au milieu de la campagne, Nora (Hafsia Herzi), Thomas (Bastien Bouillon) et leur fille Ida (Tawba El Gharchi, belle révélation) mènent une vie sans histoire. Ou plutôt, pleine d’histoires que le cinéma français a l’habitude de raconter. En quelques scènes, Léa Mysius raconte la vie à crédit, l’affrontement des générations, le désir d’émancipation, le poids du quotidien. Seule ombre à ce tableau parfait d’un cinéma social, l’étrange présence de cette voisine, artiste, dont la noirceur des tableaux annonce la contamination d’un monde par un autre. Belle idée de la réalisatrice d’avoir ici convoqué la cinégénie de Monica Bellucci comme un point de bascule. C’est par elle que le film va soudain muter, comme une porte ouverte vers le genre.

Deux hommes étranges rodent, menaçants. Quand ils s’invitent par la violence, le spectre de Funny Games de Michael Haneke (1997) n’est pas loin. Récit d’une nuit cauchemardesque, Histoires de la nuit tient fermement la tension, remet du corps dans un roman qui cherchait à échapper au réel, et réussit un alliage périlleux entre cinéma d’auteur naturaliste et cinéma de genre. Intelligemment, le casting parfait permet à Léa Mysius de faire de chaque personnage une fiction à lui tout seul, comme si les acteurs et actrices charriaient avec eux d’anciens rôles, d’autres imaginaires.

Paul Hamy, Alane Delhaye et Benoit Magimel s’invitent dans le film avec une douceur effrayante pour mieux faire grimper la tension. Histoires de la nuit pousse les curseurs, assume le huis clos et transforme la série B en conte terrible. Car, à l’instar des deux premiers films de Léa Mysius, Histoires de la nuit porte aussi le regard d’une jeune adolescente sur le monde des adultes. Les habitants de cette nuit d’enfer deviennent, à travers le regard d’Ida et la caméra de Léa Mysius, ogres, sorcières, chevalier peureux… et restent en nous longtemps.

Au cinéma le 16 septembre