
Tiré d’une histoire vraie et situé dans l’Allemagne du XVIIe siècle à la rigueur et l’austérité toutes protestantes, le film en noir et blanc de Markus Schleinzer pourrait effrayer sur le papier. C’était pourtant parmi nos plus belles découvertes du dernier Festival de Berlin, en février dernier. Après dix ans de service dans l’armée, Rose (Sandra Hüller) continue de se faire passer pour un homme, et se rend dans un village pour réclamer une ferme et s’y installer durablement.
Le film évite tous les écueils du sujet qu’il traite. Point de voyeurisme ni d’entremêlements dans les pronoms pour tenter de scruter le rapport au genre de l’héroïne. Le parti-pris est net et droit, comme la mise en scène : Markus Schleinzer s’intéresse uniquement au regard binaire et inégalitaire de la société, qui asservit les femmes et les quelques hommes à la masculinité dissidente. Loin d’un pensum théorique, Rose est un film magnifiquement prosaïque. Il est ancré dans les tâches domestiques, le travail de la terre et celui avec les animaux. La langue, le noir et blanc et les décors font forcément un peu penser au Ruban blanc de Michael Haneke (2009). Mais les deux films ne portent pas la même ambition : celui de Schleinzer conserve une forme d’humilité, en accord avec celle à laquelle l’héroïne est contrainte par l’environnement.
Rose, de Markus Schleinzer, sortie le 9 septembre, KMBO (1 h 34)

