Antoine Reinartz : « J’étais dégoûté de ne pas jouer dans ‘Les Chansons d’Amour’ de Christophe Honoré »

Un instituteur dévoué dans « Petite nature » (2021), un avocat incisif dans « Anatomie d’un chute » (2022) et plus récemment un ex-mari cruel dans « Love Me Tender »(2025)… Depuis son César du meilleur acteur dans un second rôle en 2017 pour le foudroyant « 120 battements par minutes », l’acteur français se dessine une carrière d’une justesse imparable. On l’a rencontré au Festival Premiers Plans d’Angers, où il est membre du Jury Long Métrage, pour parler de ses premières fois artistiques.


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Antoine Reinartz au festival Premiers Plans d'Angers ©TROISCOULEURS

Votre première fois devant une caméra ? 

Le vrai premier film financé que j’ai fait c’est 120 battements par minute [réalisé par Robin Campillo en 2017, Antoine Reinartz y jour le président de l’association Act Up-Paris, ndlr], devant la caméra de Jeanne Lapoirie, la directrice de photographie. C’était intense, une belle expérience collective. Sinon, mes parents avaient un caméscope. Récemment, on a retrouvé des vidéos de nous enfants. On me voit à Pâques, en peignoir, dans le jardin, en train de chercher les œufs et de chanter en même temps. Je suis ridicule. 

Votre première fois sur scène ? 

La sorcière de la rue Mouffetard en CM2, devant les parents de toute l’école. Je jouais la sorcière, c’était trop bien. Ça faisait déjà un an ou deux en classe que je faisais des petits sketchs et j’adorais ça. C’était assez intuitif.

C’est à ce moment-là que vous avez décidé de devenir comédien ? 

Je l’ai su très tôt, dès le CM2 ou la sixième. J’étais inscrit à des cours de théâtre et j’avais une passion de spectateur pour le cinéma. Mais à cette époque, autour de moi, il y avait cette idée que le talent était inné et non acquis. Donc qu’il n’y avait pas besoin de faire des études pour aller vers ça, ce qui est faux. J’ai fait une école de commerce puis j’ai vu Les Chansons d’amour de Christophe Honoré (2007) et j’étais dégouté de ne pas être dedans. Sauf que j’étais à Nice, je faisais de la réinsertion sociale, il n’y avait aucune raison que Christophe Honoré vienne me chercher. Je disais à tout le monde que je voulais être acteur, mais il y avait quand même un fossé entre ça et ma vie réelle. Je me suis dit qu’il était temps de m’y mettre. 

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Les Chansons d’amour de Christophe Honoré (2007)

La première fois que vous vous êtes vu sur grand écran ? 

J’avais un petit rôle dans un film autoproduit de Tommy Weber [Quand je ne dors pas, 2015, ndlr] avec Aurélien Gabrielli, un acteur que j’adore. C’était une déambulation dans Paris pendant une nuit, filmé en noir et blanc. Le film avait peu de moyens mais le choix du noir et blanc donnait un résultat très réussi, c’était une belle aventure. 

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Quand je ne dors pas de Tommy Weber (2014)

Qu’est-ce que ça fait de se voir sur un grand écran ? 

Disons qu’heureusement qu’il y avait ce noir et blanc ! C’est jamais très agréable. On arrive à profiter du reste du film mais dès qu’on est dessus… Quand je regarde mes films, la première fois, c’est inacceptable. La deuxième, je commence à réussir à voir le résultat global et à avoir un regard un peu plus juste. Et puis la troisième, bon…[il mime l’indifférence, ndlr]. En tout cas, je n’aime pas me regarder. 

Votre premier amour de cinéma ?

Je ne sais pas pourquoi je ne pense qu’à des choses glauques. Scream [de Wes Craven, 1996, ndlr] par exemple, mon premier trauma au cinéma. Je l’ai vu trop jeune. Je ne dormais plus, je faisais des cauchemars, je me levais la nuit, je pleurais, j’ai réveillé mes parents pendant quinze jours. Cette première scène avec Drew Barrymore, elle est incroyable mais hyper flippante. Il ne faut pas le voir avant 16 ans. Sinon en premier amour, j’ai envie de dire Isabelle Adjani dans La Reine Margot de Patrice Chéreau (1994), même si c’est évident. Je la trouve dingue. La main sur la bouche, la robe en sang… Elle est puissante, mais tout en étant victime de ce qui se passe, c’est très étrange mais elle est pile à l’endroit où on est complètement bouleversé. 

Et votre premier amour de théâtre ? 

J’ai eu des grosses prises d’otages au théâtre, des moments où on se dit « Oh la la c’est l’horreur, je veux sortir ». J’ai toujours adoré jouer, mais j’ai été moins bon spectateur de théâtre que du cinéma. Mais Krzysztof Warlikowski avait mis en scène (A)pollonia [en 2009, la pièce mêle des textes des auteurs de la Grèce antique d’Euripide et Eschyle avec des récits plus contemporains et propose une réflexion sur la mortalité et le sacrifice, ndlr]. J’étais scotché sur ma chaise pendant quatre heures. À un moment, il y a une actrice qui est enfermée dans une maison en verre et qui se fait emmurée vivante. C’était fou. 

Votre premier échec ?

Le conservatoire, je l’ai passé trois fois. La première fois, on découvre, on le rate, c’est normal. Mais la deuxième fois, c’était plus dur. Il faut préparer quatre scènes pour l’examen. Généralement, les jurés en demandent deux, éventuellement trois, mais la quatrième, c’est vraiment s’ils hésitent. Moi, on m’a demandé les quatre. J’ai tout donné et ils ne m’ont pas pris, j’ai été éjecté dès le premier tour. C’était un vrai échec, mais la troisième fois, je l’ai eu. Au bout d’un moment, on commence à sentir là où on est vraiment bon, il faut comprendre qui on est comme acteur et ce qu’on peut jouer. J’ai toujours voulu jouer Ruy Blas de Victor Hugo (1838), je trouve ça sublime, ça me fait pleurer à chaque fois. Mais quand je le joue, ça ne marche pas. Je suis beaucoup trop concret, pas assez lyrique. 

Votre première fois dans un festival ? 

Au conservatoire, j’avais réalisé un court métrage étudiant, qui n’était pas abouti, mais on avait fait un festival à Sens et c’était très chouette de faire un festival avec un premier film. Sinon, le premier grand festival que j’ai fait en tant qu’acteur, c’était le Festival de Cannes pour 120 Battements par minutes. J’avais eu un gros accident juste avant, je sortais de l’hôpital, j’étais sous cortisone. La première journée, c’était génial mais la deuxième, j’ai vomi dans le Palais des Festivals. J’ai été sorti par les pompiers et ramené chez moi. Un grand moment. 

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120 battements par minute de Robin Campillo (2017) © Ad Vitam

La première fois où on vous a reconnu ? 

La première fois vraiment bizarre, c’était une jeune étudiante qui m’a interpellé. Quand j’ai essayé de lui parler, elle est partie en hurlant et en criant. Ça n’arrive pas souvent, mais il y a des endroits où j’évite d’aller. Le film La Vie scolaire [de Grand Corps Malade et Mehdi Idir, 2019, ndlr] est sur Netflix maintenant et il y a tout un public de jeunes entre 10 et 14 ans qui l’ont vu et ils le connaissent par cœur. Je me suis retrouvé avec eux dans un Action une fois. Ils m’appellent tous Van Gogh [le surnom donné par les élèves au professeur assez strict qu’Antoine Reinartz incarne dans le film, ndlr], c’est impressionnant, mais sympa.