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Pour rendre hommage à Tonie Marshall, décédée le 12 mars dernier, Arte rediffuse cette comédie acide et tendre, parabole sur la peur de vieillir et l’abandon.

Comment franchir les portes d’un salon de beauté avec la même légèreté après avoir vu Vénus Beauté (institut) ? En 1999, Tonie Marshall remportait le César de la meilleure réalisatrice et du meilleur scénario original pour ce film-choral aux apparences faussement légères. Proche de la naïveté grave d’un Jacques Demy, et de la sensualité froide de Chantal Akerman, cette comédie de moeurs raconte le quotidien d’Angèle (Nathalie Baye), une esthéticienne qui séduit des hommes pour fuir la peur paralysante de l’amour. Autour d’elle gravitent deux collègues, chacune prise dans un tourbillon de sentiments contradictoires: Marie (Audrey Tautou), jeune ingénue naïve, et Samantha, l’irrésistible peste du groupe (Emmanuelle Seigner). Une sororité joyeuse, parfois cruelle, menée d’une main de fer par Bulle Ogier, tenancière de ce sanctuaire où défilent les clients comme dans un cabinet de psychanalyse…

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Tonie Marshall dresse avec Vénus Beauté un chassé-croisé de destins contrariés, de désirs avortés, de rêves échoués. Ce petit commerce rose bonbon éclairé par des néons criards, enveloppé d’une douceur artificielle, est en réalité un laboratoire de maux humains, destiné à embaumer, le temps d’une séance d’UV ou d’épilation, les plaies du coeur. Idée toute simple que la réalisatrice fait circuler grâce à un sens aigu du découpage, du rythme et de la composition – c’est une vitre pleine de reflets, le décor constitué de recoins et la profondeur de champ interminable qui isolent les êtres et manifestent leur solitude.

Car sous ce marivaudage des apparences, ce culte comique du corps lisse à tout prix, pointe une tristesse muette : c’est une peau qu’on ne veut pas voir vieillir en la lissant, le temps qu’on retient au prix d’un flacon de sérum, la peur de ne plus plaire qu’on balaye en arrachant quelques poils… Mais c’est sans doute dans ses dialogues abrasifs, ses répliques à vif, parfois vaches et souvent distanciées que le film jongle le mieux entre mélancolie et ironie, introduit un décalage puissant entre son enveloppe superficielle et sa réflexion sur le romantisme déçu. Comme quoi, la cosmétique est aussi une affaire existentielle.

 

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