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« Medusa », satire horrifique dans un Brésil en voie d’évangélisation

  • David Ezan
  • 2021-07-16

Après "Mate-Me Por Favor", la Brésilienne Anita Rocha da Silveira confirme la richesse de son univers, à la croisée du giallo et de la satire politique, avec "Medusa" (présenté à la Quinzaine des réalisateurs), un film stupéfiant sur l’appréhension de la féminité.

Elles sont jeunes et jolies, aussi apprêtées que des poupées de cire, fières de ce qu’elles représentent : un canon de féminité. Elles sont aussi de ferventes évangélistes en croisade contre les « pécheresses » qui osent faire acte d’émancipation. En bande, masquées, elles les agressent dans les rues sombres d’une ville brésilienne, les forçant à faire allégeance au Christ. La cinéaste ne fait pas dans la demi-mesure, accentuant les stéréotypes de genre jusqu’à leur paroxysme : obsession de la beauté discrète pour les unes, de la virilité pour les garçons de la congrégation, dans ce qui apparaît comme une géniale illustration du renouveau de l’idéologie traditionaliste.

Loin de se complaire dans le tragique, Medusa se veut un vaste détournement pop, orgie de teintes flamboyantes et de chansons – religieuses – sur lesquelles on se trémousse, questionnant les méthodes de séduction employées par les évangélistes pour attirer la nouvelle génération dans ses filets. Car il s’agit bien de séduction, les filles se faisant les sirènes d’un mal aux relents fascistes. En grande satiriste, la cinéaste s’empare esthétiquement de ces méthodes et va jusqu’à faire de ses héroïnes des antagonistes. À ceci près que l’une d’elles se décentrera progressivement du groupe, fascinée par une histoire d’immolation punitive sur une « pécheresse » : c’est que chez Anita Rocha da Silveira, les jeunes filles font toujours des légendes les plus sordides une échappatoire, un moyen de se mettre en danger et, in fine, de mettre en question leur rapport au monde.

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