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« Le Diable n’existe pas » : sonder l'abîme

  • David Ezan
  • 2021-11-29

Si le diable n’existe pas, d’où vient le mal ? C’est la question que pose Mohammad Rasoulof, lui qui, en tant que cinéaste, est traqué par la censure en Iran, dans ce film récompensé par l’Ours d’or à Berlin en 2020 et qui prend la forme d’une série de contes moraux.

En Iran, où la peine capitale s’applique aussi aux crimes dits non violents, les bourreaux sont susceptibles d’être désignés parmi les hommes du peuple, et notamment lors du service militaire. C’est de ce fil rouge que Mohammad Rasoulof a tiré les quatre courts métrages qui composent Le diable n’existe pas. Tournés clandestinement (les films courts attirent moins l’attention des censeurs) tandis que le cinéaste était privé de ses libertés par le régime, ces quatre cas de conscience individuels sont autant de variations lumineuses sur les contrecoups de la mise à mort. Tout débute dans l’obscurité d’une cellule exiguë où un père de famille patiente avant d’actionner un mécanisme. En un raccord brutal, les pieds flageolants des pendus tombent dans le vide : summum de déshumanisation. Passé la froideur d’un premier acte en forme de prologue, le cinéaste sonde ce qui subsiste d’humanité dans l’insurrection.

Si ses deux premiers récits sont d’une concision suffocante, voyant symboliquement s’affronter deux hommes au cœur du système (l’un succombe, l’autre fait front), le film s’ouvre ensuite à plus de sinuosités. Les fantômes des morts y jouent les trouble-fête, s’immisçant jusque dans les familles qui, en butte à l’idéologie dominante, se terrent dans les campagnes – en témoigne son troisième segment où, dans un éden reculé, un bellâtre de retour de conscription sera forcé d’assumer ses actes devant sa belle-­famille en résistance. C’est que la terreur, dès lors qu’elle est institutionnalisée, gangrène le pays comme le ferait un virus incurable. Mais l’imagerie quasi dystopique qu’en projette Rasoulof n’empêche en rien son humanisme.

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Dans un dernier segment, tout en métaphores et faux-semblants, perché sur les hauteurs de montagnes comme hors du monde, il brosse le portrait d’une jeune fille rebelle qui refuse de chasser le renard et, par là même, de désobéir à ses principes ; de quoi confirmer que les femmes dépeintes par le cinéaste sont à l’origine de la prise de conscience des hommes et contribuent, avec leurs armes, à l’espoir d’un soulèvement collectif.

Le diable n’existe pas de Mohammad Rasoulof, Pyramide (2 h 32), sortie le 1er décembre

Image (c) Pyramide Distribution

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