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Vu au Cinéma du réel : « Mr. Landsbergis » de Sergei Loznitsa

  • Léa André-Sarreau
  • 2022-03-17

Pendant plus de quatre heures, le réalisateur ukrainien Sergei Loznitsa (« Une femme douce », « Donbass ») donne la parole à Vytautas Landsbergis, leader de l’indépendance lituanienne. Un grand documentaire contre l’oubli, présenté à l’édition 2022 du festival Cinéma du réel, qui décortique les rouages de la domination soviétique sur cette nation devenue libre en 1991.

La crise ukrainienne de 2013 dans Maïden (2014), le siège de Stalingrad dans Blokada (2006) : depuis vingt ans, le cinéaste ukrainien Sergei Loznitsa chronique l’espace post-soviétique, ses expansions territoriales belliqueuses et sa désagrégation politique. Les mutations de l’Europe de l’Est, abîmée par la chute de l’URSS, n’ont plus aucun secret pour ce documentariste, dont le dernier film-fleuve résonne de façon poignante avec l’actualité. Car si les événements décrits dans Mr. Landsbergis ont eu lieu il y a trente ans, ils sont aussi un chaînon du mécanisme complexe qui a conduit la Russie à envahir l’Ukraine aujourd’hui.

Le 11 mars 1991, la Lituanie, annexée par l’URSS pendant la Seconde Guerre mondiale, devient la première République Soviétique à déclarer son indépendance, après deux ans de manifestations pacifistes connues sous le nom de « révolution chantante ». Dans la rue, leaders politiques, artistes et civils entonnent des hymnes patriotiques. Une révolution non violente que Moscou réprimera lors d’un assaut meurtrier, surnommé le « Bloody Sunday de Vinius », avant de retirer ses troupes de l’armée rouge face à la résistance des citoyens.

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C’est cette période trouble du passé que Sergueï Loznitsa retrace pendant quatre heures, qui filent à la vitesse de la lumière tant son sens du récit apparaît précis et fluide. Pour éviter l’écueil de l’académisme, le réalisateur a donné la parole à Vytautas Landsbergis, ancien professeur de musique et leader du mouvement indépendantiste. Celui qui fut aussi premier président de la République de Lituanie décrypte avec patience les discours d’espoir d’un peuple qui a triomphé par la force des mots, à défaut d’avoir des armes.

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En la personne de ce témoin privilégié de l’histoire, Sergei Loznitsa trouve une impressionnante puissance d’incarnation. Les images d’archive, soigneusement découpées, mettent en mouvement la pensée vivace de Landsbergis, homme plein d’ironie et de malice. Tout en dialectique, la mise en scène propose, comme un contrechamp aux diapositives chaotiques de l’époque (liées par le motif du déferlement de la foule), une analyse des querelles juridiques, des débats qui enflammèrent le congrès du parti communiste. Observateur privilégié de ce tableau politique plein de fureur, le spectateur, jamais noyé par la précision historiographique, découvre la lente route d’une nation vers la liberté.

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