Vu à la Mostra de Venise 2026 : « Succederà questa notte », Nanni Moretti sauve l’amour

Nanni Moretti nous enchante avec un chassé-croisé romantique au charme irrésistible, présenté en compétition à la Mostra de Venise, où Louis Garrel et Jasmine Trinca tombent et retombent dans les bras l’un de l’autre.


succedera questa notte

Coup de théâtre : à rebours des films pessimistes qu’a livrés Nanni Moretti ces dernières années, Succederà questa notte, adapté de l’écrivain israélien Eshkol Nevo (comme l’était Tre Piani en 2020) est plus enchanté – et enchanteur – que jamais.

Chapitré sur plusieurs années à la manière d’un conte, il n’a pourtant rien de très original sur le papier : on y suit en effet les pérégrinations d’un séducteur campé par Louis Garrel, que la rencontre avec une femme anonyme sur le point de se marier ne cesse de hanter. Il faut préciser qu’elle est incarnée par Jasmine Trinca, actrice qui fut révélée par le cinéaste dans La Chambre du fils (2001), alors qu’elle avait 18 ans.

D’une force tranquille, Succederà questa notte semble n’exister que pour son visage au charme magnétique. Nanni Moretti a un don pour sublimer ses comédiens, qu’il se plaît à filmer sous toutes les coutures et dans tous les états, jusqu’à les faire danser en pleine rue ou bien jouer au tennis en robe de mariée. C’est cette profusion qui séduit, y compris dans le recours à la langue – on y parle italien, français, anglais. Il y a bien quelque chose de désuet dans ce drôle de chassé-croisé, mais il faut revenir à plus loin.

Revenir à un cinéma primitif, dont Moretti emprunte le plaisir enfantin et plus encore le goût du gag, ne serait-ce qu’en faisant tourner ses personnages en bourrique. Ainsi le gimmick du film est la répétition, le ressassement, à l’instar du couple Garrel-Trinca qui se recroisent au fil du temps ; gimmick éternel de cinéma que celui des amants maudits, auquel on succombe avec un plaisir presque coupable. Le titre du film n’est d’ailleurs pas anodin : Succederà questa notte, « cela arrivera cette nuit », sachant que « cela » c’est aussi la fin de l’histoire et potentiellement la fin du cinéma. Pourvu qu’elle n’arrive pas.