Vu à la Mostra de Venise 2026 : « Look Back » de Hirokazu Kore-eda, la surprise du chef

Tandis que son film présenté en mai dernier à Cannes, « Sheep in the Box », n’est pas encore sorti dans les salles françaises (il le sera le 23 décembre), Hirokazu Kore-eda foulait le tapis rouge de Venise avec « Look Back », un film surprise qui met du baume au cœur et dont la sortie est datée pour le 17 mars 2027.


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Look Back

Kore-eda confesse avoir été bouleversé par la lecture du manga éponyme, acheté au hasard de sa couverture, au point de vouloir confronter pour la première fois son langage cinématographique à celui de cet art visuel singulier. Il faut dire que ce livre publié en 2021, puis déjà adapté en anime en 2024, lui sied à merveille.

D’un intimisme cotonneux, il est centré sur Kyomoto et Fujino, deux fillettes passionnées par le dessin… qui rêvent de devenir autrices de mangas. Peut-on raconter une histoire à partir de quelques dessins couchés sur le papier ? Le cinéaste n’a plus rien à prouver, aussi Look Back est d’une simplicité à faire pâlir les grandes locomotives de festival. Kore-eda le sait, un film n’a besoin que d’une âme pour bouleverser. En l’occurrence une chambre d’enfant perdue dans la campagne japonaise, où une petite fille traduit chaque semaine en dessin les aventures qu’elle vit à l’école. Non loin, l’une de ses camarades, atteinte de phobie scolaire, les reçoit à distance.

Kore-eda cite explicitement le Studio Ghibli dans Look Back, notamment Mon voisin Totoro. Ce qui rendait le film de Miyazaki inoubliable, c’est aussi l’absence d’antagoniste, l’idée qu’un récit pouvait s’arrêter à l’imaginaire de deux fillettes adorables. Cela requiert de placer une grande confiance dans le spectateur, qui doit soudain s’émouvoir du moins plus que du tout.

Kore-eda prend résolument le parti du « moins » : ce qui l’intéresse, ce n’est pas tant les rebondissements imaginés par les mangakas en herbe que les voir simplement dessiner.

Dans un monde où l’artisanat est remis en cause par la technologie, d’autant plus en ce qui concerne les arts visuels, le geste est fort. Kore-eda s’attarde sur les lignes patiemment tracées à la main, qui nous plongent dans un état méditatif. Voilà d’où vient la profonde mélancolie d’un film qui, l’air de rien, nous accorde le temps et l’espace de rêver avec ses personnages.