
Mais qu’a donc l’Est de la France pour attirer dans son sillage, depuis quelques années, de jeunes cinéastes fringants (Hubert Charuel, Amélie Bonnin, Louise Courvoisier…) ? Beaucoup de cochons, et des personnages désaxés, boudés par la vie. Le mélange des deux est explosif, comme l’annonce le titre de ce premier long perché, aussi séduisant que lunaire
Dans un bled de la diagonale du vide, Fulda (Alexis Manenti), un gendarme corse rétrogradé pour ses coups de sang, enquête sur la disparition d’un céréalier, alors qu’une guerre entre agriculteurs et chasseurs fait rage. Voilà qu’une pluie de cadavres de sangliers géants (des Attila) s’abat sur la rase campagne, et Fulda de faire équipe avec Stéphane, une psy du travail au bord de la crise de nerfs (Ella Rumpf) pour résoudre l’énigme.
L’énigme, il en sera peu question. C’est que L’espèce explosive carbure à une énergie plus singulière que celle du polar, avance au rythme de ses personnages barrés – c’est-à-dire dans tous les sens. Si la mise en scène est calibrée, redoutablement efficace, c’est pour mieux laisser Fulda et Stéphane dévier des trajectoires qu’on leur prédit. Au sein de leur petit comico étriqué, chacun se révèle plus étrange que ce qu’il veut bien laisser paraître.
Bloc de masculinité violente, Alexis Manenti se mue en justicier écorché, à la faveur d’un trip sous acide partagé avec Stéphane. Le rapprochement de ces oiseaux étranges prend des allures de révolution du désir.
Comme Alain Guiraudie, avec qui elle partage un amour criant de sincérité pour les périphéries – rurales, amoureuses – Sarah Arnold a un sens inné de la réplique qui dérange, du malaise, de la bizarrerie greffée sur un environnement banal. C’est parfois inconfortable, parfois raté, souvent drôle – à moins que la drôlerie vienne du malaise, comme dans toute comédie qui se respecte.