
Porté par les géniales Hannah Einbinder et Gillian Anderson, ce film hors norme et brillant suit une réalisatrice chargée de réaliser un remake d’une saga d’horreur culte. Fascinée depuis l’enfance par la final girl du premier volet, elle lui rend alors visite et découvre un univers dans lequel les lignes entre réalité et fiction deviennent de plus en plus floues…
Avec Teenage Sex…, Jane Schoenbrun clôt sa « Screen trilogy », ou trilogie de l’écran, amorcée en 2021 avec son premier long We’re All Going to the World’s Fair qui plonge dans l’univers d’internet et de ses légendes urbaines angoissantes en suivant une ado participant à un jeu horrifique en ligne. Iel enchaîne ensuite avec I Saw the TV Glow en 2024, centré sur deux marginaux, fascinés par la série The Pink Opaque, qui devient pour eux une autre réalité et le seul endroit où ils se sentent eux-mêmes. Teenage Sex … poursuit tout naturellement cette exploration de la puissance des fictions dans la construction de l’imaginaire, en se penchant cette fois sur le cinéma d’horreur et la mythologie du slasher.
À la fois hommage et critique, Teenage Sex… multiplie les références aux slashers des années 1970/1980, assumant un burlesque excessif, camp et très sanglant. Mais derrière ces clins d’œil malicieux, Jane Schoenbrun démonte la manière dont ce cinéma d’exploitation a formaté les imaginaires de ses spectateur.ices, en décidant qui a le droit de survivre, qui est puni pour avoir désiré, qui a le droit de regarder quel corps et surtout qui est relégué au statut de monstre. Le film s’attaque en particulier à la manière dont le cinéma d’horreur a associé la transidentité à la monstruosité et à la déviance, et interroge ce que ces représentations impliquent sur la construction de jeunes spectateur.ices.
En orchestrant un face à face entre une cinéaste queer (Hannah Einbinder) et une final girl vivant recluse depuis des années (Gillian Anderson), Teenage Sex… transforme ce cinéma punitif en un laboratoire pour rejouer ses fantasmes, ses désirs et sa sexualité, et essayer d’autres manières d’habiter son corps, qui devient cette fois une source de plaisir et de puissance.
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