« Dao » d’Alain Gomis : une œuvre fragmentée et passionnante sur le déracinement

Avec cette fresque entre la Guinée-Bissau et la banlieue parisienne, entre la fiction et sa fabrique, Alain Gomis signe un film singulier sur une génération d’émigrés africains à la recherche d’eux-mêmes.


Dao Gomis1
© Jour2fête

Qui peut-on devenir lorsqu’on coupe ses racines ? La question irrigue Dao, geste étonnant du franco-sénégalais Alain Gomis, qui assume ses trois heures et son refus de la dramaturgie.

Le fil rouge n’est donc pas une intrigue mais un personnage, Gloria, qui marie sa fille en banlieue parisienne quelque temps après avoir tenu une cérémonie de deuil pour son défunt père en Guinée-Bissau. Les deux événements se mélangent et participent, comme en pointillé, à dresser les portraits de cette femme et de sa génération, celle d’émigrés africains qui ne reviennent au pays que pour les morts, ont trouvé d’autres moyens de faire communauté en France, mais ne se sentent chez eux nulle part.

Au milieu de ces deux séquences très musicales, filmées avec un naturalisme presque kechichien, le cinéaste insère des bouts de casting et de répétition, comme pour mieux souligner les liens entre ses acteurs et actrices et leurs personnages. Tous et toutes ont des histoires qu’ils n’ont jamais racontées, un déracinement qui les brûle parfois, et ne savent plus ce qu’il faut transmettre à leurs enfants.

Au fur et à mesure de son déploiement, Dao s’affirme comme une œuvre intensément libre et collective, parfois à l’extrême dans son rejet des artifices et de la synthèse. Mais il y a là tant à penser, autour de l’importance des rituels dans la construction des individus et des groupes, du panafricanisme, des traditions qui tour-à-tour bâtissent ou étouffent les êtres, ou encore de ce qui est réellement authentique au cinéma, qu’on ne peut que se féliciter qu’une œuvre pareille ait pu voir le jour.

: Dao d’Alain Gomis (Jour2fête, 3h05), sortie le 29 avril