
Pour se faire une place dans le pays le plus peuplé du monde, il faut se lever de bonne heure. Surtout quand on n’a pas la chance d’appartenir aux classes supérieures ou d’avoir la « bonne » religion : c’est le cas de Shoaib, un musulman, et de Chandan, un dalit (aussi appelé « intouchable », un individu issu d’un groupe social situé au bas de l’échelle du système des castes hindoues). Venus d’un village du nord de l’Inde, les deux amis d’enfance tentent de passer un concours de la fonction publique très concurrentiel, celui de la police.
La caméra de Neeraj Ghaywan isole ces deux protagonistes au milieu d’une foule nerveuse et compacte qui, s’écoulant par wagons entiers, évoque un film de zombies. Plus tard, alors que nos deux héros ne ménagent pas leurs efforts pour s’élever, misant sur le culot mais aussi sur la dissimulation de leur identité, des plans zénithaux viendront rappeler leur « petitesse » sociale, les ramenant implacablement au sol.
Plafond de verre humiliant, flics violents, racisme généralisé : à ces fléaux s’ajoute soudain l’épidémie de Covid-19. Très classique jusque-là, la forme du film paraît alors comme secouée : tandis qu’il dénonce implicitement la gestion sanitaire désastreuse du gouvernement Modi, le mélodrame populaire bascule dans l’âpreté du cauchemar et se réinvente en survival tragique saisissant.
Une jeunesse indienne de Neeraj Ghaywan, en salle le 25 mars, Ad Vitam (1 h 59).