
Quinze ans après leur rupture, Olmo et Manuela, interprétés par Francesco Carril (vu dans la série Los años nuevos de Rodrigo Sorogoyen) et Itsaso Arana, se retrouvent le temps d’une nuit improvisée dans un Madrid d’avant Noël. À travers cette réjouissante épiphanie romantique et musicale, le film réactive l’humeur adolescente de ces deux trentenaires qui laissent à distance regrets et remords.
Lui vit en couple, elle est célibataire, et entre eux circule une lettre, fragile vestige de leur histoire. Chez Jonás Trueba, la pensée amoureuse passe par la parole. Ils s’assaillent de questions comme pour rattraper le temps perdu et cherchent maladroitement un terrain commun où se redécouvrir. Au fil de cette balade aux accents rohmériens, la caméra précise leur rapprochement et devient presque muette au crépuscule, comme si les mots ne suffisaient plus. « Je reviens toujours au même point », déplore Alain Cavalier dans une interview que lui consacrait L’Avant-Scène en 1995.
Cette formule illustre bien le rythme du montage qui se répète sans cesse, à contretemps, prolongeant l’idylle et lui conférant une dimension intemporelle. Trois ans avant l’audacieux Eva en août (2019), Trueba explorait déjà ces zones d’ombre où circulent deux amoureux « toujours débutants », convaincus, malgré leurs hésitations, que « l’amour ne finit pas ».
La Reconquista de Jonás Trueba, sortie le 28 janvier, Arizona (1 h 48)
